Le « business model » de Dubaï

Publié le par remi

Outre les gratte-ciels et l’hôtel-le-plus-luxueux-du-monde, ce qui frappe a Dubaï, ce qui frappe le directeur financier et l’économiste curieux que je suis, ce sont deux choses simples et liées entre elles :

1) le nombre des méga-centres commerciaux rapporté a la population globale,
2) le fait qu’en dépit d’une fiscalité quasi-nulle, les prix dans les boutiques sont peu ou prou l’équivalent aux prix qu’on trouve en Europe.

En l’espace de dix ans, à Prague, le rattrapage du mode de vie avec la société de consommation occidentale avait fait pousser les centres commerciaux comme des champignons. Résultats des courses : six centres commerciaux repartis à la périphérie de la ville comme autant de points directeurs d’une rose des vents consumériste. Prague c’est un peu plus d’un million d’habitants et un hinterland de 10 millions. Quand je quittai Prague, aucun nouveau centre commercial n’était prévu.


A Dubaï, pour une ville d’un million d’habitant sans hinterland, la douzaine est largement atteinte, la taille de chacun d’entre eux dépasse la taille moyenne de ceux de Prague et leur luxe défie parfois la raison. De plus, les nouveaux projets immobiliers foisonnent. Ce qui est curieux car beaucoup des centres existants sont à peine « fréquentés. » Furieusement désertés par les consommateurs.

Le centre commercial de Times Square center sur la Sheikh Zayed Road, un vendredi apres-midi (le samedi du week-end islamique) et pourtant vide de monde

Il y a dans le cout d’achat d’un produit fini a peu près la moitié d’impôts et taxes : taxe sur la valeur ajoutée, impôts sur les sociétés qui ont pris part a la production, distribution, vente, etc. du produit, impôts sur le revenu des salaries qui ont pris part a la production, distribution, ventre, etc., impôts fonciers inclus dans le loyer, lequel se répercute sur le prix de vente. La créativité fiscale est sans borne et la liste exhaustive serait trop longue.
 

J’estime de 30 a 40%, l’économie réalisée par un marchand dubaiote par rapport a son homologue parisien : pas de TVA, les salaires des vendeurs sont intermédiaires entre les bas salaires de l’Asie du Sud-Est et ceux de l’Europe, pas d’impôts sur les bénéfices des sociétés, etc. Or – on l’a vu – ces économies ne sont pas répercutées sur les produits : dans une économie globalisée, si vous êtes propriétaire de la marque m’as-tu-vuitton ou des polos lacost-a-lot, vous ne voulez pas que vos sacs ou vos fringues se retrouvent « soldés » en permanence dans le souk (fut-il doré sur tranche) des émirs. D’autant que vous savez que la consommatrice locale (la fameuse ménagère de moins de 50 ans dont se sont amourachés tous les directeurs marketing du monde) est pleine aux as, « friquées a mort. »

Autant en profiter. Le marchand dubaiote, est donc « forcé » d’avoir des marges élevées et des surprofits mirobolants.


Maintenant, pour comprendre pourquoi il y a tant de malls a Dubaï, il faut relire le chapitre II Des Principes de l’économie politique et de l’impôt de Ricardo ou il établit la loi des rendements marginaux décroissants et remplacer mentalement le mot « terre » par celui de « centre commercial » et le mot de « blé » par celui de « produit de luxe ». Le théorème des rendements décroissants dit en substance que tant qu’il y a un profit (rendement) anticipé, on ouvre des nouvelles boutiques (on défriche de nouvelles terres).

Si les profits sont très élevés, la décroissance des rendements est mathématiquement plus lente et plus longue. En clair : le marchand émirati, qatari ou saoudien se retrouve avec un surprofit de 30 a 40% (mais toujours en concurrence avec des marques concurrentes) et va commercialement investir ce surprofit (dans une optique capitalistique de « couverture du marché », dans son réseau de distribution (et accessoirement, la pub). D’où la multiplication des centres commerciaux.


Derniers projets mégalomaniaques d'une ville qui n'en manque pas : les deux (pas un : deux) centres commerciaux les plus grands du monde y sont en chantier. Découvrez le Mall or Arabia et le Dubai Mall.

L'entree principale du Times Square center, a l'heure de grande affluence, le premier jour du week-end. Ou sont les chalands?

Publié dans Homo oeconomicus

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michel colette 13/01/2008 07:02

c'est trop difficile pour moi l'économie   ;   je débranche à la dixième ligne  mais le point G se situant à la fin du mot shoppinGGG  peux-tu me dire où on peut faire de bonnes soldes en ce moment (je précise que j'habite à Grasse village des am)  lol

remi 14/01/2008 07:53

Pour les soldes, il faut aller a New York. J'ai un ami qui en revient et qui n'en revient pas tellement c'est pas cher. Le business a peur de la récession et liquide préventivement les stocks, la concurrence y est plus "éfficace" (au sens économique du terme) qu'ailleurs et le dollar est au plancher. L'aller-retour est vite rentabilisé si vous etes (comme moi et mes amis) une maniaque du shopping.

Eric MORAUD 22/12/2007 08:29

c'est au phrasé employé dans ce blog, ma fois intéressant (puisque ça fait 30 minutes que je le parcours )  que je crois bien reconnaître ce parisien un peu chauve mais brillant qui s'éjourna quelques temps dans cette boutique de Montigny Le ....Bien ton Blog Rémi S....à bientôt et bonnes fêtes de fin d'annéesEric

filip 13/12/2007 08:57

Remi,as tu changé ton mail?Je t´ai envoyé un mail qui est resté sans réponse.merciFilip