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Lise est impressionnée (on est en train de regarder ensemble un magazine féminin en arabe et je déchiffre – plus que je ne lis – le nom d’une actrice dont on se demandait qui ca pouvait être tcharl_n ?roun : Charlize Theron complète Lise avec sa connaissance impeccable du monde hollywoodien).
- toi qui connait l’arabe, est-ce que tu peux répondre a une question que je me pose depuis longtemps et a laquelle personne jusqu'à maintenant n’a pu répondre : pourquoi les Arabes qui écrivent de droite a gauche écrivent les chiffres de gauche a droite ?
Voila qu’ânonnant l’alphabet je passe pour un spécialiste de l’arabe !
Lise a de la chance, il se trouve que j’ai lu un livre sur l’histoire des mathématiques et que la réponse y était donnée.
- ce qu’on appelle les chiffres arabes sont en fait des chiffres indiens. Les Arabes l’ont appris des Hindous et nous les ont retransmis. Or le sanskrit et la plupart [je ne vais pas me mouiller et être plus précis] des langues indiennes s’écrivent de gauche à droite. Les Hindous ont écrit leurs chiffres de gauche à droite et les Arabes, en important chez eux la technique, n’ont pas inversé le sens des chiffres.
Quand on lit un chiffre, on le lit dans sa globalité : lire 234 c’est concevoir mentalement deux centaines, trois dizaines et quatre unités mais tout aussi vite : quatre unités, trois dizaines et deux centaines. L’écrire de droite a gauche ou de gauche a droite est la même chose pour le cerveau.
- Mais alors, poursuit Lise dont j’aime la curiosité puisqu’elle est la mienne, si ce sont les mêmes chiffres, pourquoi diffèrent-ils autant des nôtres ?
- J’ai encore une explication pour toi, il y a eu une évolution de la graphie. J’ai un livre à la maison qui détaille cette évolution. Je te l’apporte demain.
Plus tard, a la maison :
Zut ! Je croyais que le livre est en anglais mais il est en tchèque. Lise va croire que je la ramène encore avec mon savoir des langues. C’est Pi na nebesich, traduction de Pi in the Sky de John D. Barrow, un livre fascinant sur les nombres, les concepts mathématiques. Je l'apporte quand meme a Lise qui peut y savourer la graphie des chiffres de leur naissance jusque nous :
Il rappelle que si les Grecs étaient si bons en mathématique, c’est aussi parce qu’ils comptaient avec un système décimal très proche du notre et non pas avec les chiffres romains (qui ont représenté une terrible « innovation » en empêchant, entre autres le concept d’addition colonne par colonne ou la mise en place d’algorithmes simples pour multiplier ou diviser, tels qu’on les apprend au primaire). Ils utilisaient les lettres de l’alphabet et les manipulaient comme nous manipulons nos chiffres (alpha = 1, beta = 2, etc.) Ils laissaient un espace pour exprimer l’absence d’unité : b_a = 201.
Le chiffre zéro est le chiffre arabe par excellence. Issu d’un mot arabe, sirf, qui signifie « rien », il donne cypher (d’où l’anglais decypher, « déchiffrer ») et l’amuïssement moyenâgeux du c donne chiffre en français. Concept révolutionnaire a ses débuts, ce « chiffre », le zéro, est importé par les Vénitiens qui le vocalisent en zefero, zevero puis zero, mot qui fera le tour du monde même si des variantes locales subsistent sous la forme nil, naught (anglais), nula (tchèque), etc.
aussi bien, annule.