Langoustines et crevettes

Publié le par remi

Nous dinons, Greg et Fred, Jin, David et moi, hier soir, près de Lamcy Plaza, au Lemon grass, un restau thaï. La conversation roule sur tous les sujets interdits à Dubai : religion (agnostisme, pragmatisme, vision économique des Églises en tant que "mieux-disant" économique, vision mercantile des Églises qui se battent pour attirer le "croyant-consommateur" à elles), amour et sexe (qu'est-ce que l'amour ? Que vaut-il mieux : aimer plus qu'être aimé ou l'inverse? Qu'est-ce qui est important chez un partenaire, sa carte de crédit - vision pragmatique chinoise - son intelligence - vision identique à la premiere puisque l'intelligence est évaluée et recherchée en tant que source de stabilité et de revenus - ou son charme - version française, identique aux deux précédentes dans le fond mais noyée dans un flou artistique bien peu cartésien).

Jin est très drôle avec un humour camp fort agréable. Il faut l'entendre expliquer que non oh non, il ne faut surtour pas porter un tee-shirt avec le portrait de Mao, Che guevara ou Bruce Lee sur le torse ou le dos, si on se balade dans les rues de Beijing. C'est considéré comme un mauvais présage d'avoir la représentation d'une personne morte sur une personne vivante.

Il raconte et je me roule presque sous la table, son apprentissage du français et des moeurs gay française.

- Je ne sais jamais quand utiliser tu et vous. J'utilise toujours vous et j'adopte tu si la personne l'a utilisé
- tu peux utiliser tu d'emblée si tu veux insulter quelqu'un, par exemple à un chauffard qui vient de te griller la priorité tu lancera "va te faire enculer, hé connard" - vouvoyer serait une erreur dans ce cas.
- Ça me rappelle mes premiers tatonnement avec le tutoiement. J'étais dans ce bar, hmmm.,et le mec me demande "tu veux sucer" et j'avais envie de lui répondre "pourquoi vous me tutoyez ?, on ne se connait meme pas !..."

Son premier voyage dans un pays francophone, la Réunion, provoque un choc - personne ne parle anglais ! Comment survivre ?...

Je ne parlais pas un mot de français à l'époque et je rentre, le premier jour, dans un restau chinois parce que cela faisait quatre mois que je n'avais pas mangé chinois. Tout le menu est en français. Je demande "do you speak English?" Personne ne parlais anglais ! Meme la famille chinoise attablée à coté ne parlait que français... Je demande "do you speak Chinese?" Heureusement, il y avait un cuisinier, dans la cuisine, qui le parlait et qui est venu m'aider à commander. Après ça, je me suis empressé d'apprendre les mots de base pour survivre en français à la réunion et ne pas mourir de faim : langoustines et crevettes...

* Ce qui prouve, indirectement, le caractère plutot efficace de l'intégrationnisme à la française.

Publié dans Chronique dubaïote

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