Le masculin l’emporte

Publié le par remi

Un post un peu théorique que m’inspire Eliots en évoquant l’illusion démocratique au sein de la pratique aquatique du sauna. A mon sens, le probleme central de nos sociétés n’est pas la domination bourgeoise (et comme je l’écris dans mon commentaire, peut-etre parce que je suis du bon coté de la barriere que cela ne me pose pas ‘probleme’) mais celui de la domination masculine (cf Bourdieu) et que j’appelerai ici l’ordre machiste. Car en fait, l’homophobie est intimement liée a cet ordre machiste. L’homophobie repose sur trois piliers intriques :
* le mépris du pédé / l’injure
* le reproche de la stérilité (et le paradoxal interdit de l’adoption)
* l’argument « naturel » : les pédés sont « contre nature »

La « nature »

Une des raisons de Hasting de raconter cette mignonne et marrante histoire de pingouins pédés est précisement de cet ordre : prouver que la ‘Nature’ produit des animaux homosexuels et que l’homme n’est pas seul dans la zoosphere a etre soumis a cette variance. Certes, cette variante est bizarre, voire incompréhensible du point de vue rationnel du plan darwinien de survie de l’espece mais il est un fait.

Matraquer l’argument « naturel » que des parents c’est un papa et une maman est une erreur sociologique grossiere. La famille est une ‘construction culturelle' et non naturelle qui a subit de multiples avatars durant l’histoire de l’humanité : tribu, famille polygamique (un homme et plusieurs femmes qui, a des degrés divers, s’occupent d’élever les enfants – une femme et plusieurs hommes collectivement appelés ‘oncles’), famille élargie (intermediaire entre la tribu et la famille binaire : sous un meme toit vivent les grands parents, la fratrie et ses conjoints, leurs enfants) ; la famille binaire (papa – maman) ; famille mono-parentale (largement généralisée au XXe siecle grace au Welfare State alors qu'avant elle était un by-product de la précarité de la vie).

La fértilité – la stérilité

Aspect annexe de l’argument précédent, l’ordre machiste nous reproche notre infertilité et nous interdit de concurrencer les couples heterosexuels pour aider les pauvres petits orphelins en mal de famille d’adoption...

On imagine aisement que cette maniere de penser est issue de la Bible, recueil des préjugés et convictions de tribus nomades et sédentarisées du VIIIe siecle avant J.C. En tout état de cause, la Bible sert de justificatif a l’homophobie. On lira la tres humoristique réponse du berger pédé a la bergere bibliquement homophobe, a mémoriser pour contrer tout bigot qui te jeterait un verset fielleux dans les dents.

Le toujours-la

L’ordre machiste a genere toute une batterie d’injures ‘salope’, ‘petasse’, ‘pédalle’, ‘tapette’. Il est essentiel pour le macho de dominer ‘la’ femme (la sienne en priorité). Premiere constatation, cette domination a été et reste extremement efficace. Les femmes d’accord (facon de parler) mais pourquoi s’en prendre aux pédés?

Parce qu’un homo représente une menace fondamentale a l’ordre machiste, nos couples prouvent par a+b qu’un couple peut fonctionner avec une égalité ‘parfaite’, que la différence sexuelle n’est ni nécessaire ni « naturelle » - elle est une construction historique et comme telle menacée de disparaitre. L’occident chretien a hérité du monde méditerranéen (judéo-chrétien, gréco-latin) un héritage machiste.

C’est (entre autres) par l’injure que l’ordre machiste assure sa prédominance. On lira la tres belle analyse sur l’injure de Didier Eribon dans Réflexions sur la question gays. Et sa brillante démonstration que l’injure n’a meme pas besoin d’etre proférée pour etre efficace – elle est « toujours-la ». Dans ce blog, dans la blogosphere gay & lesbienne, dans nos conversations, il y a mille allusions a cette crainte de l’injure, cette obsession de préter le flanc a l’injure (est-ce que je « fais » pédé ? »).

Cette domination masculine, cet ordre machiste est partout. Et parce que nous sommes nés dedans, on a du mal a le voir, du mal a s’y opposer a l’accuser d’abus. Il s’appuie sur tout un arsenal symbolique, métaphorique, il est ‘caché’ a nos yeux embués. Une regle grammaticale : le masculin l’emporte signe, entre autres regles, cet ordre. C’est comme ca et pas autrement. Le fait est que cela peut etre autrement ! La regle pourrait etre La majorité l’emporte. Intégrer la démocratie dans la grammaire...

Un autre exemple qui m’a toujours chagriné, totalement dans l’ordre du symbolique est le fait qu’apres avoir hérité du nom de son pere, la femme prend celle de son mari. Je me souviens de la carte de visite de mes parents « Monsieur et Madame Jean-Marie D... », Elisabeth M... était totalement passée a la trappe. Cosaw raconte l’exemple de sa grand-mere votant pour la premiere fois et pour la premiere fois reconnue comme elle-meme. Apres avoir ete niée le droit démocratique de base de décider de son futur, cette femme découvrait avec délice non seulement qu’elle avait acces au processus démocratique mais qu’elle était enregistrée aupres de l’administration non comme Madame Jean Dupont mais comme Madame Jeanne Duval, épouse Dupont...

Dans l'air du temps et 'coup marketing' de génie, mon pere qui était a l'époque aidé de ma soeur au vignoble du Chateau de Vaux, avait sous-titré ses étiquettes D... & fille. Meme si a un degré annexe, j'étais impliqué, le féminin l'emportait et elle plaisait en fait beaucoup aux acheteurs, cette particularité vinicole mosellanne.

Prendre le nom du pere semblait jusqu’a la loi du 29 octobre 2004 comme une référence évidente et inévitable. Nous étions aveuglés par l’ordre machiste... Le fait est que d’autres civilisations ont tres bien vécu sans cela. En Russie, Iekaterina Feodorovna prend le nom de sa mere Feodora alors que son frere Ivan Ivanovitch prend le nom de son pere Ivan Sr.

Tout ca pour dire qu'a mon sens, la gay-lib a tout a voir avec la women's lib - et si comme le constatait Marx "la femme est le prolétaire de l'homme", la Révolution (la notre, celle des gays, la leur, celle des femmes mais aussi la Grande Revolution démocratique égalitaire) passe en priorité par celle des femmes...

Femmes, queens, tantes, princezny, oiselles de tous les pays - unissez-vous!...

c'etait mon post post-journée de la femme...

Publié dans Mutatis mutandis

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L
rien à dire je vais encourager la lecture de cet article... toujours un plaisir de te lire
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R
merci, thanks, gracias, danke, multumesc, koszonom, dekuji, spasiba, dakujem, grazie...