L'antéforme

Publié le par remi

A Eve ou Jutka, avec lesquelles j'ai eu dernierement des conversations sur les jouissances masculines (pour elles toutes aussi mysterieuses que sont pour moi les jouissances féminines, vaginale ou clitoridienne), je dédie ce texte dont je vous parlais et que je retrouve dans ma bibliotheque a mon retour a Prague. Il revenait a un hétéro d'ecrire les plus belles pages qui m'ont été permises de lire au sujet de cette jouissance-la:

 

Nathalie, ma mie, quand tu m'encules au vibromasseur et que je hurle d'etre un gros pédé, revendicant avec gémissements de fiote la grace d'etre enculé – par une « femme »? - j'étais soudain beaucoup plus qu'un homme, femme, hétérosexuel, pédérastique, humain – épluché plus bas – pelé a la rape des bandes codées, des prix, des étiquettes, pour revenir a la matiere meme – en deca meme de tout traitement, assaisonnement, recyclage qui se cachent sous les vocabulaires du corps; chaque coup de gode me transformait, ouvrant une nouvelle fréquence de métamorphose a partir du coccyx, par effets de vrille d'une violence telle que je crus certains instants devenir fou: les vibrements électriques du gode étaient des épluchures successivement prélevées a la membrane qu'il fouillait, et cette fouille allait s'éllargissant et décrivant des cercles toujours plus grands – découvrant a mesure des fréquences dont je ne savais pas jusque la mon corps capable (et tout cela comme précieusement celé dans mon corps – ici le rectum), m'ébrouant comme un heureux goret dans ce viol et cette violence faite a ce que pouvaient etre mes nerfs; ne pas avoir le cul serré pour s'ébattre avec une femme mais au contraire écarter, moi, les fesses sous les coups de gode de la présumée femme (...) me faisant entrer dans une mue jamais tout a fait conclue, sachant trouver aussi loin qu'elle allait, la membrane a décoller soigneusement – faisant passer les nerfs par des modalités si surprenantes les unes aux autres, et surajoutées sans baisse d'intensité, que j'en avais le tournis; serrant ensuite les fesses avec d'autant plus de plaisir, a la faveur de cette lattitude qu'elle deployait en m'enculant (...) bandant plus dur que jamais, tout injecté (...), persistant dans cette extase corporelle autours du meme motif fréquentiel avec la tenacité d'une foi qui sait (et dont J.S. Bach a eu, dans ses arts de la fugue, la géniale intuition). (...) Je ne me sentais pas « femme » a proprement parler (gémir etre femme est d'abord le coup d'archet d'une déportation du fluide nerveux vers des zones jusque la endormies dans le corps (supposé « male »; et il y a probablement tant de forces dormantes dans le corps que nous n'en aurons jamais epuisé l'extraction – combien de gisements attendent encore leur heure, jamais effleurés du moindre soupcon) mais aménageais dans le corps des pans entiers de nerfs susceptibles d'etre dérobés au corps « féminin » - de recevoir sur leur imperceptible tégument des jouissances prolongées comme beaucoup de voluptés féminines. La jouissance perdait forme (le chef, le male et sa bite de fer dont je ne negligeais pas par ailleurs les atouts) pour réussir a se maintenir, non dans la disparition de ces formes mais dans leur suave dissolution (la jouissance exaltée jusqu'à un certain eclat); on a toujours honte pour l'agitation de tant d'hommes a exhiber socialement leur suprématie, connotée non par le sang mais par le sexe qui prend valeur d'un sang, ces agitateurs se ruinent a persuader que leur suprématie sociale se confond a une suprématie sexuelle mais ils ne dominent que ce champ social et signalétique, non le champ de la sexualité meme, dont on sait, sans qu'on n'en puisse extorquer a qui que ce soit l'aveu, qu'il est, dans des proportions ne laissant aucun doute, sous une emprise du corps « féminin » ou les lopins laissés au fameux male sont misérables (...) le seul soupcon d'une défaite dans un champ qui existerait hors d'ici lui est insupportable, et il a beau cabrer et cabrioler, ruer et mourir de rire, plus personne ne l'entend, que lui-meme; ici, c'est l'intensité minimale des jouissances qui doit etre incriminée – ce plaisir dit « viril » (qui vvoque trop souvent un fonctionnariat de pissotiere) c'est elle qui motive le male a agiter, dans la puérilité exhibitionniste qui est son hystérie, une victoire sexuelle mise sous le critere de l'anatomie...

 

Il est nécessaire, bien entendu, de lire la suite (et l'avant) de ce texte fondateur du renouveau de la littérature francaise dans l'Antéforme de Mehdi Belhaj Kacem (éd. Tristram).

L'Anteforme

Publié dans Notes de lectures

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Tant qu'on en est aux conseils de lecture, je viens de lire avec plaisir Ravel de Jean Echenoz (parfaitement asexue, leger en apparence mais dense, pas un gramme de trop), et je suis dans Les Detectives sauvages de Roberto Bolaño, tres bien pour le moment.Alors moi non plus, l'anteforme, ca n'est pas mon truc.  Les fluides, les tuyaux, tout ca, j'ai beaucoup de mal. Et sans meme evoquer le fond, j'ai beaucoup de mal a lire ces phrases tempetueuses. Je suis plus intellectuel que sensuel. Ton post est un bon test de personalite!
Répondre
J
je suis trop coincée/bourgeoise/etc pour gouter cette littérature. J'ai l'impression de lire un traite d'anatomie. Je suis actuellement dans "To Kill a Mockingbird", de Harper Lee, 1960. C'est un vrai bijou d'émotion et de sensibilité. C'est plus ma tasse de thé...
Répondre
R
oui c est tres anatomiquemais j adoreen tous cas, profite du Mockingbird!...