pauvre chic

Publié le par remi

Les corps sont maigres et les visages cernés. Ils sourient devant l'objectif du photographe. Dans les bras d'une vieille femme édentée, un bébé porte un bavoir de la marque Fendi à 72 euros. Dans la cour d'une maison construite en pisé, un paysan mal rasé, vêtu d'une tunique sale et trouée, se protège du soleil en portant un parapluie de la marque Burberry, à 200 dollars. Sur seize pages, ces photographies ont été publiées dans le numéro d'aout de Vogue India. Cela a déclenché une polémique dans la presse indienne qui accuse Vogue de récupération de la pauvreté.


À deux heures d'avion de Bombay et habitant d'un pays majoritairement peuplé d'hindiphones, bossant pour un groupe spécialisé dans l'import et la vente des marques de luxe occidentales dans le golfe Persique, je suis sensible aux aspects de cette polémique dont Le Monde se fait l'écho.

On reproche aux Émiratis de ne pas respecter les droits de l'homme mais les Indiens, de ce que je perçois, se comportent de façon encore plus ignoble envers leurs compatriotes pauvres - surtout s'ils sont intouchables. En fait, ce que les parangons de vertus reprochent à Vogue India, c'est d'avoir valorisé la pauvreté et d'avoir introduit de force des pauvres sur les tables du salon de Chandigarh et New Dheli.

Et si c'était le luxe qui, dans un pays où quelque 456 millions d'Indiens vivent avec moins de 1,25 dollar par jour, était intolérable ?

Publié dans Rémilitant

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Marc Verdier 14/09/2008 10:30

Cher Rémi, content de te voir de retour; mais les "hindouphones", ce sont des appareils spéciaux pour parler directement aux divinités de l'hindouisme ? En hindi, bien sur...AmitiésMarc

remi 17/09/2008 15:59


tu as (encore) raison. Verification faite, on dit "hindiphone". Les deux seuls attestations sur le web de mon barbarisme viennent de ce blog. Je vais corriger.