Crash immobilier version Moyen-Orient

Publié le par remi

J'entendais hier, à la radio, le président des Young Arab business leaders parler de l'évolution du marché. Il disait en substance qu'il préférait de beaucoup les étrangers qui inverstissent dans la pierre

parce que cela représente la preuve d'un intérêt à long terme pour le développement de l'économie locale

plutot que ceux qui investissent à la bourse

parce que leur investissement est plus volatil et qu'ils peuvent partir du jour au lendemain [et provoquer un crash de la bourse].

C'est se leurrer sur les motivations d'un investisseur : il pourra, tout aussi facilement ou presque, vendre un appartement ou un immeuble acheté à Dubaï et précipiter la chute des cours immobiliers.

Je titrais sur la démesure immobilière. Sur cette meme radio, j'écoutais le directeur de Tamweel parler de ses projets: rien moins que 80% des immeubles réalisés par Tamweel sont en cours de production. Certes, la plupart sont prévendus et le risque financier pris par Tamweel n'est pas aussi énorme qu'il y parait mais on peut imaginer qu'en cas de retournement brutal du marché, les investisseurs qui ont versé 5 à 10% d'accompte préféreront ne pas honorer leurs échéances futures et abandonner Tamweel à son sort de promoteur.

Obsédés par la pierre, les Émiriens ont investi en veux-tu en voilà et, pour reprendre la jolie expression d'un journaliste économique, cette real estate economy est complètement découplée de la real economy.

Signe anecdotique de ce découplage, cette semaine voit l'entrée en vigueur d'une loi qui donne trente jours aux propriétaires pour évacuer, lourder comme on dit, les co-locataires illégaux (toute personne n'appartenant pas à une même famille et qui partage une villa ou un appartement). Quand on connait les prix à la location, on ne s'étonne pas qu'ils sont nombreux ceux qui partagent des apparts ou des villas.

Cette loi, top-down, est imposée par les intérêts bien compris de quelques grands propriétaires qui espèrent ainsi imposer la répartition sur plusieurs biens une demande locative même faiblement solvable.

Obnubilée par son projet immobilier, par son idéologie immobilière, les élites économiques donnent l'impression d'oublier l'économie réelle. Il faut des usines et des ouvriers, des bureaux et des employés, pour soutenir la demande locative.

Tout ça fait très château de sable... Comme il y a deux ans aux US, on sait que le soufflé va retomber, on ne sait ni quand, ni de combien. En attendant, la banque centrale émirienne a débloqué un package bancaire de cinquante milliards de dirhams pour faire face à la crise de liquidité et quelqu'un (toujours sur l'émission économique de la radio Dubai One 103.8) explique fièrement que c'est un chiffre réel, correspondant aux besoins de refinancement des sociétés immobilières, contrairement aux 700 milliards de dollars du plan-Bush dont le montant aurait été sorti au doigt mouillé.

Publié dans Homo oeconomicus

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Marie 03/10/2008 13:33

Cette démesure immobilière est-elle visible depuis la lune ?Les millierds ne les maintiendront pas en vie éternellement, ils n'y songent même pas si ça se trouve !