Les théories de la croissance

Publié le par remi

Cedric va encore se moquer de moi et de mon coté 'professeur' mais je trouve fascinant ce livre de poche qui explique doctement ce qu'est la croissance pour un économiste.

Il faut trouver une définition qui ne soit pas tautologique (la croissance est l'augmentation de la production) et, jusqu'a nouvel ordre, je trouve parfaite celle-ci (Paul Bairoch) qui explique que "la croissance est un processus cumulatif d'interactions qui se traduit par une hausse de la productivité".

L'invention comme source de la croissance

La source de la croissance est l'invention qui permet de desserrer les facteurs de pénurie des ressources naturelles (terres, énergie, travail...).

Pour illustrer avec des exemples d'avant la révolution industrielle et l'incroyable (exponentielle) augmentation de la croissance qu'elle a généré, pour l'humanité la faible extension des terres arables (10% des terres émergées) a été le facteur limitant sa croissance. Les inventions qui ont permis de desserrer cette limitation des ressources naturelles liées a la terre ont pu etre:

- la domestication des animaux sauvages pour en faire des animaux de trait (qui accessoirement sont un complément nutritionnel protéinique) pour économiser l'énergie humaine et assurer un meilleur rendement (le labourage a la charrue est plus profond et plus productif que celui a la houe)
- l'irrigation permet d'étendre la surface des terres arables a des parcelles jusqu'alors peu ou pas productives
- la révolution agricole entamée au XVIIIe siecle permet, par la mécanisation, de produire plus avec moins de main d'oeuvre
- le génie génétique (révolution verte du XXe siecle - invention empirique du néolitique jusqu'au XIXe) permet d'augmenter le rendement a l'hectare en sélectionnant les semences les plus productives, les plus résistantes aux maladies, etc

Les types d'invention

L'invention de substitution: a une ressource rare (et donc chere) on substitue un autre facteur de production.

Le bois est remplacé par le charbon, le charbon par le pétrole, le pétrole par le nucléaire...

La mécanisation substitue au travail une ressource (la machine) qui au départ contient plus de travail (d'ingénieurs, d'ouvriers, etc) mais qui in-fine permet une plus grande productivité.

L'invention pratique (ou pragmatique): au fur et a mesure de sa mise en place, l'invention est perfectionnée.

Dans cette catégorie, on classe aussi les gains de productivité liés aux économies d'échelle (le cout unitaire décroit avec le nombre d'unités produites).

Et il y a aussi, ce qui est pour moi, conceptuellement, une découverte, l'invention institutionnelle (ou idéologique) est qui est lié a la définition inital de "processus cumulatif d'interactions". Pour donner un exemple: l'inventeur a besoin d'un brevet pour protéger les revenus futurs qui couvriront son investissement initial. Ce brevet releve de la loi, de l'institution. Mais il a aussi besoin de capitaux, (par extension d'une monnaie stable), d'une définition (légale) de la dette ou de la société par actions (les capitalistes qui amenent de concert des capitaux a l'inventeur), des lois qui protegent les créanciers, etc...

Il y a donc toute une architecture de lois, d'institutions qui déterminent, soutiennent la croissance, tout autant que les inventions techniques.

Les déterminants de la croissance

Il faut donc de la recherche et développement, qui nécessitent du capital (des ressources disponibles pour financer l'invention), du capital humain (éducation).

Mais aussi du management, de l'organisation, des institutions, des infrastructures, des processus d'allocation, de redistribution et d'optimisation des ressources (par l'impot, par les marchés, etc), c'est a dire toute une métastructure que les économistes commencent a peine a théoriser et modéliser. Pour citer l'exemple du livre: "un systeme dont les individus se comportent malhonnetement ou dans lequel la bureaucratie fait obstruction peut conduire a beaucoup de gaspillage des ressources pour s'assurer contre la malhonneteté ou pour circonvenir la bureaucratie ou pour faire valoir les droits de propriété. Les couts engagés et la distortion des incitations pouvent constituer de sérieuses entraves a la croissance".

Publié dans Homo oeconomicus

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M
Est-ce que c'est papa qui t'a envoyer ce livre? Il le lisait lorsque je l'ai rencontré a Paris le week end de paques.
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R
non, je l'avais depuis quelques temps. marrant que le pere et le fils, sans se parler, aient les memes lectures a quelques centaines de kilometres de distance :-)
Z
Décidement, le sérieux économique me poursuit: Rue des entrepreneurs sur Inter, un livre sérieux ici!J'ai beaucoup aimé l'histoire des codes, lecture que j'avais pioché chez toi.
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R
autant j'ai recommande la lecture du Book of Codes, autant tu peux te passer de lire ce livre a moins d'etre passionne par le sujet