La difficile arabisation des économies du Golfe

Publié le par remi

Tous les pays du Golfe persique sont confrontés au même problème.

Sur Wikipedia, je me suis amusé à ajouter des liens internes entre les articles sur l'émiratisation, l'omanisation, la qatarisation et la saudisation (ne manque qu'un article sur la bahreinisation et c'est le grand chelem).

L'Europe, les États-Unis, pays riches et égoïstes ont depuis longtemps fermé leurs frontières et rendu difficile l'accès aux crève-la-faims du Tiers-Monde et des pays moins florissants (comme, à leurs portes, les pays balkaniques ou mésoaméricains).



Ici, le problème est le suivant :

Au départ (années 30-60), on a des Bédouins, pas forcément très éduqués, pas très nombreux qui ont besoin d'ingénieurs et d'ouvriers qualifiés pour construire la florissante exploitation pétrolière qui enrichit ces pays.

En milieu de course, manne pétrolière aidante, on devient richissimes et on a besoin des "petites mains" qui rendent la vie facile, chauffeur indien, bonne-à-tout-faire philippine, vendeur libanais, tailleur pakistanais, coiffeur égyptien, etc. Et, in fine, tous les échelons de l'économie sont activés par des travailleurs étrangers, la banque, le commerce, la construction, etc. Seul les rouages clés de l'État restent aux mains des ressortissants nationaux : la police, l'armée, l'administration.

On achète la paix sociale* en payant grassement les fonctionnaires, grâce aux excédents budgétaires pétroliers. Il y a une déconnection entre la sphère économique "réelle" (le privé) et la sphère économique étatique.
Et on maintient la fiction du contrôle de l'économie grâce au système du sponsorat (sponsorship en franglais) où les étrangers ne peuvent être actionnaires majoritaires mais seulement minoritaires, le pouvoir de décision restant dans les mains locales qui, recevant dividendes et jetons de présences, se voient grassement rémunérées...

À l'arrivée, on se retrouve avec une situation où l'éthique du travail est un concept, comment dire, virtuel ?
Mais comme on a fait beaucoup d'enfants (70% de la population saoudienne a moins de 25 ans !) et que les revenus du pétrole ne sont pas exponentiels, voire se tarissent, il faut redresser la barre.


Le secteur privé paie très mal (à l'aune du pléthorique secteur publique trusté par les locaux) mais il doit absorber le trop-plein de main d'oeuvre... L'émiratisation, l'omanisation, la qatarisation ou la saudisation consiste alors à forcer les sociétés privées à embaucher des jeunes qui ne rèvent que de tranquille fonctionnariat ou d'être sponsor comme papa et toucher des jetons de présence. Un ami me décrivait le problème d'un jeune qui refusait un poste où il ne serait pas manageur, c'est à dire avoir sous ses ordres des gens qui feraient le boulot à sa place...

Bref, on est mal barrés...
Les mauvaises langues disent que quand le pétrole sera tari, tout ce monde-là reprendra la route du désert ou alors reprendra le Jihad, la Guerre sainte, et réenvahira le bassin méditerranéen comme au VIIe siècle...



* on n'est jamais à l'abri d'un coup d'État, la famille Al-Saoud en sait quelque chose qui a pris le pouvoir quelques temps seulement avant que le pétrole ne soit découvert... 

Publié dans Homo oeconomicus

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Marie 08/01/2009 09:26

Comment peut-on s'amuser sur Wikipédia ? Je croyais que c'étais très sérieux ... Rémi, un puits dans le désert. De connaissances.

Philippe 07/01/2009 21:43

Passe l'amusement des malls, des pistes de ski climatisees, et des balades dans le desert, tes analyses des chateaux de sable de cette peninsule sont de plus en plus pointues et de plus en plus mordantes.Tres tres interessant. Finalement, reste un peu.