Il faut tuer les juifs et les jardiniers (et taxer les traideurs)

Publié le par remi

Le titre est une question piège dont je me sers pour filtrer – et définitivement éliminer de mon entourage – les personages infréquentables qui répondraient (croyez-moi, ils ne sont pas peu) à côté de la plaque :

 

Mais qu'est-ç't'as contre les jardiniers ?

Et toi ? Tu voudrais tuer les juifs ?

 

Sans remonter à la Shoah ou à Mathusalem, le titre m'est inspiré par l'édito du Monde (voir ci-dessous) sur les bonus des traders que le législateur, dans son infinie sagesse populiste, s'est entiché de « réglementer » (comprendre : limiter).

 

Il faut li-mi-ter les bonus des traders !

 

Si un footballeur (profession que les Français ont l'air d'apprécier), est meilleur buteur de l'année et a rapporté des primes médiatiques a son club, sachant que son fixe se chiffre en kilo-euros, doit-il voir sa quote-part contractuelle au profit engrangé limitée ?

On légifère pour / contre (barrer la mention inutile en fonction des afinités) les traders, mais on laisse des écervelés qui courent sur du gazon derrière la baballe engranger des salaires qui se chiffrent en milliers de mois de smic.

 

En fait, les rémunérations des uns et des autres sont peut-être vertigineuses mais il faut comprendre que ce qui n'est pas versé au(x) salarié(s) est engrangé par le(s) capitaliste(s) et que cette mesure de limitation des rémunérations a pour effet immédiat de favoriser le Capital au détriment du Travail. Marx is dead et au royaume du fric, même en période de crise, c'est le salarié qui se voit sucrer ses primes et le capitaliste qui engrange le surprofit.

 

CQFD – la loi (populiste) de limitation des bonus des traders est éminemment sarkozyste (lire : antisociale).

 


je faisais une recherche sur Google pour voir si j'étais le seul à utiliser cette blague discriminante et je tombe dans Wikipédia sur cet inventaire à la Prévert du conquérant arabe du Caire qui recense dans la ville prise 12 000 vendeurs d'huile fraîche, 12 000 jardiniers, 40 000 juifs qui paient tribut, 400 théâtres ou lieu de divertissement. Les Arabes avaient pas encore songé à faire payer un tribut aux jardiniers et aux traideurs...

Georges Ugueux, dans son blog, critique la mesure sarkozyste pour son aspect inapplicable sans nivellement de la concurrence salariale, au niveau mondial, entre les employeurs de traders... Si un traideur est bon et que Paris lui sucre son bonus, il ira a Londres ou Dubaï... J'opine.

 

Bonus et traders

Le Monde, 07.02.09

 

Le constat est aujourd'hui unanime : le niveau des rémunérations de certains professionnels de la finance, comme les traders, est l'une des causes des excès commis ces dernières années qui sont, à leur tour, en partie à l'origine de la crise. Réuni à Washington, en novembre 2008, le G20 s'en était ému.

 

Deux critiques sont récurrentes : l'excès des sommes en jeu et les critères d'attribution. Un chiffre résume à lui seul la situation : en 2008, malgré la crise, les bonus versés à Wall Street ont atteint 18,4 milliards de dollars, un montant comparable à celui de 2004, période faste s'il en fut.

 

Si la limitation à 500 000 dollars des salaires annuels des dirigeants aidés par l'Etat fédéral aux Etats-Unis et la suppression des bonus versés aux PDG en France constituent de premiers éléments de réponse, ils ne sont pas suffisants. C'est pourquoi il faut saluer la mise en place en France d'un groupe de travail associant les pouvoirs publics et le monde de la finance sur la "rémunération des professionnels des marchés financiers" dont Le Monde publie en exclusivité les recommandations.

 

Les principales propositions visent à interdire de prévoir des bonus garantis non liés à la performance, à ne pas hésiter à différer une partie significative de la part variable sur plusieurs années si besoin est, à associer les administrateurs à la politique de rémunération et en tenir à l'écart les personnes concernées.

 

Si, ici et là, les réflexions se multiplient, Paris est la première place à publier un document de travail sur le sujet. On ne peut que se féliciter de cette initiative. Reste maintenant à la confronter aux mesures que ne manqueront pas de prendre la City et Wall Street notamment. La finance est l'un des rares secteurs à ne pas avoir mis en place une gouvernance mondiale. Il est temps d'y remédier.

 

Mais, à ce stade, le texte français est perfectible. En ne prévoyant pas de plafond, il laisse la porte ouverte à certains excès. En se concentrant sur les seuls professionnels des marchés financiers, il laisse de côté les commerciaux des banques de détail qui jouent parfois les pousse-au-crime en encourageant leurs clients à se surendetter. Nous visons notamment ici une pratique qui conduit nombre de familles pauvres à la ruine : le crédit revolving. En estimant "ni nécessaire ni souhaitable" une intervention du législateur, ce texte prend l'opinion française à rebrousse-poil. Le point de vue des professionnels est compréhensible, mais il est trop tard pour vanter l'autorégulation. Les rémunérations de ce secteur sont aussi un sujet politique.

Publié dans Homo oeconomicus

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Philippe 11/02/2009 20:54

J'ai du mal a te suivre sur ce post. Pas sur les juifs ni sur les jardiniers, qui me sont les uns et les autres on ne peut plus sympathiques, mais sur les "salaires des traders". Traders ou autres, peu importe, d'ailleurs. Ce qui est en jeu, c'est la concentration sur un petit nombre de personnes, de remunerations non directement liees a la performance globale de l'entreprise, disproportionnees par rapport au niveau des salaires global de l'entreprise, et sans prise de risque. Une des bases, a mon avis, de la remuneration variable "efficace" (creatrice de valeur pour les actionnaires sur la duree), c'est d'une part l'alignement des comportements (pas de "cavalier seul") et le partage du risque (et donc, dans le cas de ces bonus deplafonnes, la necessite de remettre en jeu une partie du bonus d'une periode sur les resultats de la periode suivante). Autrement dit, ne pas reperdre ce qu'on a fait gagner, ou dit encore differemment, permettre des bonus negatifs le cas echeant.Donc oui aux gros bonus, s'il y a un vrai gain, durable. Pour les traders, pour les cadres dirigeants, pour tous ceux dont les decisions, bonnes ou mauvaises, ont un impact significatif sur la performance de l'entreprise.  Je ne suis pas sur que dans le cas des banques, si on regarde les resultats des 5 dernieres annees (la carriere de certains traders ne va guere plus loin dans le passe...), on ait une bottom line positive. Mais les bonus ont ete payes et ne seront jamais recuperes.10 milliards de profits 10 millions de bonus10 millards de pertes 0 bonus.L'equation est desequilibree.Quant a dire que la solution passe par une loi, je suis assez d'accord avec toi pour rester sceptique, tant on est submerge par toutes sortes de lois de circonstance.A bientot :)

Marie 11/02/2009 18:03

Un jardinier me vient à l'esprit, celui de Prague ... Pour le reste, et pour 'ou contre) ce qui est "gros sous", je suis TRES largement dépassée ...