Il faut po-si-ti-ver ou comment voir la crise avec des lunettes roses

Publié le par remi

The Economist fait un article très intéressant sur les bulles immobilières, avec un joli titre en plus, The Beauty of Bubbles. Quand la bulle éclate, on ne voit que le revers de la médaille, les anticipations de profit complètement irrationnelle, les valuations des biens à des sommets cosmiques, le chômage qui grimpe et les banques qui dégringolent. Mais il y a le coté positif !...

 

La construction délirante d'ovni architecturaux et urbains, marque durablement le paysage. Des pyramides d'Égypte au Taj Mahal en passant par Burj Dubaï, on se rend bien compte que l'utilité telle que la calcule les économistes utilitaristes, n'inclut pas les externalités (la notion d'externalité est, à mes yeux, l'une des plus fascinantes en économie). En d'autres termes, c'est pas celui qui paie qui en profite le plus. L'investisseur dubaïote s'est peut-être monumentalement (c'est le cas de le dire) planté dans ses anticipations rationnelles de retour sur investissement mais l'humanité / les Émiriens / son excellence, l'émir de Dubaï (de façon différente en fonction de l'angle de vue du problème économique), au total, s'y retrouve sans doute avec les retombées touristiques, la publicité gratuite pour Dubaï comme LA destination au Moyen-Orient, les prouesses techniques reproductibles ailleurs, etc.

Avantage numéro un - y'en a qui en profite quand même. Le boom ferroviaire au XIXe siècle a couvert l'Europe de voies ferrées et réduit considérablement le cout des transports. La "bulle" alors a accéléré le progrès même si son éclatement a été couteux pour les épargnants. The Economist mentionne aussi la bulle du cable optique, sans elle, beaucoup de cable ne serait pas posés et YouTube serait un projet dans un carton attendant l'installation de débits plus hauts.
 

The Economist, qui ne parle pas trop de Dubaï, par ailleurs, dans son article, mentionne le fait que sans la bulle immobilière des années 1920, Miami ne serait pas Miami mais un patelin perdu et paumé entouré de mangroves moites et malarieuses en Floride. Pour Dubaï, la presse internationale et la blogosphère ont été tellement pleines de notules sur l'hotel-le-plus-luxueux-au-monde, la tour-la-plus-haute-au-monde, la presqu'ile artificielle-en-forme-de-palme, l'archipel-en-forme-de-planisphère, le centre-commercial-le-plus-grand-au-monde, et - même si elle ne verra jamais le jour - la tour la plus giratoire...

Avantage numéro deux - une bulle, et même son éclatement - fait une impression durable dans la mémoire des gens, c'est une sorte de mégacampagne publicitaire qui correspond à ce que les pubeux modernes appellent le hype autour d'un produit. Là encore, celui qui paie les pots cassés est pas le même que celui qui engrange les bénéfices.

 

Le mégagiga feu-d'artifice lors de l'inauguration, le vingt novembre 2008, de l'hotel Atlantis qui couronne la palme Jumeirah, est - selon le joli mot de The Economist - the perfect noisy finale to the world’s latest age of excess.

 

feux d'artifices Jumeirah palm hotel Atlantis opening 

Publié dans Homo oeconomicus

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Francis 23/02/2009 13:22

C'est exactement ça : le tunnel est peut-être un goufre financier sans intérêt économique pour ceux qui l'ont construit et n'en tireront jamais de profits mais pour nous, les utilisateurs, il existe, et ils ne le reboucheront jamais.

Marie 21/02/2009 17:04

Ceci me rappelle furieusement le tunnel sous la Manche ... Panama je n'ai pas connu ...

elise 21/02/2009 10:40

c'est exactement ce que propose le numéro de Courrier international du 18 février : MERCI LA CRISE, décroissance, frugalité, écologie... c'est le moment de changer une revue fort bien faite