Femmes d'affaires et affaires de femmes

Publié le par remi

Longue conversation au téléphone avec Sophie, suite à mon poste sur le Féminisme et la parité au bureau.

 

Verbatim.

 

Sophie me décrit les grands axes de l'action de HEC au Féminin :
1. offrir des outils de carrière - parois très concret comme "comment demander une promotion"
2. organiser des rencontres avec des managères qui peuvent servir de modèles
3. organiser un petit déjeuner-débat sous l'égide de l'Express
4. distribuer une newsletter aux cotisantes de l'Association HEC
5. promouvoir le prix Trajectoire HEC au Féminin

 

Pas un axe mais une action ponctuelle donc, le questionnaire sur la parité avec Grandes écoles au féminin. 5000 réponses déjà - ce qui me semble énorme - et très peu de commentaires - cinq seulement - mais émanant seulement de mecs. Un signe ?

 

Sophie et moi partageons un point de vue pragmatique et libéral : ça n'est pas à l'État d'imposer la parité mais aux syndicats professionnels, aux groupes de femmes de tenter de la promouvoir et donc, question centrale : est-ce qu'une entreprise a intérêt à la promouvoir.

 

Sophie me conseille de jeter un coup d'oeil sur l'étude du cabinet McKinsey, Women matter (Affaires de femmes, mais aussi Les Femmes sont importantes) qui montre que les entreprises ayant une plus forte représentation de femmes dans leurs comités de direction ou dans leurs équipes de management sont aussi les plus performantes.

 

Elle me conseille aussi la lecture de Émergence des valeurs féminines dans l'entreprise, de Mike Burke.

 

 

 

Mais ce que je préfère, de cette conversation, plutôt que les références théoriques, ce sont les anecdotes vécues.

 

Sophie démarche une grande entreprise pour un soutien financier au prix Trajectoire au féminin. Elle y découvre une responsable du département "mixité et handicap". Terrible constat - choquant même - qu'être femme relève du handicap.

 

Le problème, en tant que femme d'affaires qui ne se vit ni ne se voit comme féministe, c'est de se situer sur un échiquier polarisé entre les pôles gauchiste + social ou macho + ringard. Et, pour Sophie, n'être à sa place nulle part.

 

Le problème, c'est que dès que tu l'ouvres, tu passes pour une féministe chieuse, une chienne de garde constamment en train d'aboyer. Anecdote : pour la grand-messe annuelle de l'Association HEC, trois ou quatre panels de discussion sont organisés. Sur la vingtaine de speakers aux panels, aucune femme. Quand Sophie souligne le fait (et l'iniquité), elle passe pour la cerbère de service, l'empêcheuse de ronronner - les matous machistes en sont pour leurs frais.

 

Le problème, c'est que dans les qualités intrinsèquement attribuées aux femmes, la modestie, la discretion et même le silence sont leur lot. Relire La Domination masculine de Pierre Bourdieu. Si une femme demande une promotion, elle enfreint plusieurs de ces attributs féminins : elle cesse d'être modeste (pensant qu'elle mérite une promotion), elle prend la parole (au lieu de garder le silence). In fine, elle se verra reprocher son ambition "démesurée", une aggressivité "déplacée" - alors que pour un mec, c'est normal de demander une promotion.

 

Quand on sait cela, on comprend mieux la nécessité de "renfocer" l'axe 1. de HEC au Féminin : "comment demander une promotion ?"

 

Les racines de l'injustice sont profondes. Sophie cite une étude réalisée en Suède, pays progressiste en matière de parité, s'il en est. Dès la maternelle, qu'elle* soit homme ou femme, la personne en charge des petits enfants accordent en moyenne deux-tiers du temps de parole aux garçons.

 

Sois belle et tais-toi commence si tôt !

 


* Rémilitant force un peu la syllepse.

Publié dans Homo oeconomicus

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*eMira 02/06/2009 16:09

Sans faire de ce livre de Bourdieu mon livre de chevet, je l'avais trouvé à l'époque fort intéressant et si je ne suis plus concernée professionnellement, j'y trouve encore de quoi réagir dans le sens évolutif. C'est un peu le problème des femmes de rester dans le cadre qui leur est assigné depuis des millénaires ; j'avais pris l'habitude de ne pas faire le travail d'un homme à la place d'un homme, m'estimant aussi intelligente que lui, sinon plus, et n'ayant rien à prouver. Je sais le faire, alors je faisais faire (à d'autres).

J-M.F 31/05/2009 10:48

Intéressant de savoir ce que recommande HEC. Qu'en est-il de son collège de direction en terme de parité ?CQFD