L'Iran, un Vatican démocratique et peuplé...

Publié le par remi

Quelque part, dans ce blog, j'avais prédis que le prochain "tremblement de terre géostratégique" serait le renversement des Séoud et la prise de pouvoir par la très jeune, très nombreuse et très unemployed population saoudienne.

 

Je me suis trompé et l'Iran, une fois de plus au Levant, prend la vedette et semble innover.

 

Fascinante émission sur l'Iran, hier, à la télévision. J'y apprends que le pays a èté :

- en 1905, la première démocratie parlementaire au Levant.

- en 1953, le premier pays au monde à oser nationaliser ses ressources naturelles et une compagnie étrangère - comme l'Égypte de Nasser avec, en 1956, la nationalisation de la Compagnie du canal de Suez - il le paiera d'une invasion étrangère.

- en 1979, la première théocratie révolutionnaire.

 

J'ai toujours considéré comme une grave erreur de mettre l'Iran au ban des nations. Quoiqu'imparfaite, sa démocratie est l'un des rares exemples dans la région - pourquoi préférer les totalitarismes séoudiens, émiriens ou lybiens ? Que ce soit une théocratie ne devrait pas géner les gouvernements occidentaux qui, tous (ou presque*) reconnaissent l'État du Vatican dont, toutes proportions gardées, les rouages sont similaires à ceux de la République islamique d'Iran.

 

L'autorité ultime est détenue - et c'est normal - par le "pape" de l'Église chiite, le rahbar, le guide suprême Ali Khamenei. Le Conseil des gardiens de la Constitution correspond peu ou prou à la Commission pontificale pour l'État du Vatican : dans un cas comme dans l'autre, un système électif complexe pour mettre le dogme à l'abri de la versatilité des opinions publiques.

 

La comparaison s'arrête là, parce que dans un cas, le micro-État atteint à peine le milier de citoyens sur cinq hectares, dans l'autre, la puissance régionale compte 71 millions d'habitants sur un territoire de 1,6 millions de kilomètres carrés soit près de deux fois et demi la taille de la France.

 

Il se pourrait que l'Iran nous surprenne encore. Quelle que soit l'issue des mouvements populaires actuels, quel que soit le résultat du probable aggiornamento théologicopolitique iranien, je souhaite que nos gouvernements fassent preuve d'un réalisme non doctrinaire et rétablissent des relations non discriminatoires à la mesure de l'importance de cette grande nation.

 

 

 


 

* La République tchèque a longtemps joué les trouble-fêtes en ne reconnaissant pas l'État de la cité du Vatican. Le pays le plus athée d'Europe avait quelques différends juridiques, en particulier en ce qui concerne la non-restitution du patrimoine de l'Église catholique romaine nationalisé après la Seconde Guerre mondiale.

 

Publié dans Chronique dubaïote

Commenter cet article

Philippe 30/06/2009 21:15

Assez d'accord avec ton analyse, Remi, mais avec un bemol: a ma connaissance, la plus haute autorite clericale chiite n'est pas l'Ayatollah Khamenei, mais le Grand Ayatollah Montazeri.La republique islamique, par son guide supreme, serait donc en quelque sorte superieure a l'Islam lui-meme.

Philippe 22/06/2009 20:10

Tout a fait d'accord avec toi. Il faut ramener l'Iran parmi les nations civilisees, en le respectant. Ce qui ne veut pas dire tout passer a ses dirigeants. Il faut encourager sa societe civile a sortir du bois et a ne plus se laisser faire. Ce qui semble essentiel, c'est que l'elite cultivee (qui etait probablement aux commandes en 1905) sache parler au proletariat qui soutient le populisme Khamenei/Ahmadinedjad. Je ne suis pas sur que ce soit le cas aujourd'hui, et je crains que cette opposition (ouverte sur le monde et d'un courage magnifique) ne se fasse rapidement marginaliser par la violence.