le Christ avait pris le voile

Publié le par remi

Un ami de mon pere, Me Daniel Delrez, obtient gain de cause dans un combat pour la laicité. C'est a peine évoqué dans l'article mais l'un des problemes autours de cette peinture du Christ en croix dans une salle pleniere du palais de Justice de Metz est le régime concordataire dont bénéficie l'Alsace-Moselle (les pretres, les rabins, les immams sont fonctionnaires d'Etat - l'éveque a rang de ministre) et auquel sont attachés beaucoup de Messins - d'ou la levée de boucliers contre l'initiative de Daniel Delrez mentionnée ci-dessous...

L'intégralité de l'article du Monde d'aujourd'hui :

le Christ sur la Croix par Goya

Recouverte depuis six ans d'un voile pudique, La Crucifixion du peintre messin Théodore Devilly, va quitter le palais de justice de Metz, où elle trônait depuis 1866, pour rejoindre l'église abbatiale de Saint-Avold, à une quarantaine de kilomètres de là. Ainsi en a décidé le garde des sceaux, Pascal Clément. "Cette disposition va permettre de maintenir cette oeuvre dans le patrimoine de l'Etat, tout en l'exposant publiquement dans un cadre approprié", s'est félicité le ministre.

En septembre 2000, un rideau épais avait été tendu devant cette peinture afin de le dérober au regard des justiciables, sous la pression d'un avocat, Me Daniel Delrez, parti en croisade avec le soutien de la Libre Pensée contre ce qui lui semblait causer une "atteinte intolérable au principe constitutionnel de laïcité".

Consultés quand la polémique éclata, les magistrats de ce tribunal, leurs greffiers et le barreau s'étaient prononcés majoritairement en faveur du maintien du tableau. Mais les chefs de cour de l'époque avaient jugé plus prudent de prendre une "mesure conservatoire provisoire", en attendant les instructions de la chancellerie. Ainsi, l'oeuvre avait pris le voile.

On songea un temps à confiner le tableau en chambre du conseil, là où les juges délibèrent à huis clos, mais aucun autre plafond que celui de la cour d'assises n'était assez haut pour accueillir un élément aussi volumineux (3,50 m sur 1,72 m). On cacha donc cette toile. Une manière de se prémunir contre d'éventuels recours et d'éviter les incidents d'audience. Quelques mois plus tôt, les avocats du tueur en série Francis Heaulme n'avaient-ils pas obtenu le renvoi de son procès, après que le président des assises, peut-être inconsciemment inspiré par le tableau suspendu au-dessus de lui, avait invoqué le "pardon de Dieu" en encourageant l'accusé à avouer son crime ?

"Prétendre qu'il s'agit d'une oeuvre d'art alors qu'elle incarne la toute-puissance de l'Eglise est au mieux une cécité, au pire de la mauvaise foi", triomphait Me Delrez au moment du camouflage, saluant la "victoire de la République sur l'obscurantisme local".

Amère défaite pour les membres du collectif de défense de La Crucifixion, qui s'était constitué en réaction. Prise en grippe par les tenants d'une laïcité stricte, la toile de Devilly était devenue pour eux le symbole de la défense du droit local - rendues à la France en 1918, la Moselle et l'Alsace annexées ont échappé à la séparation de l'Eglise et de l'Etat et sont restées sous régime concordataire.

Au moment de quitter son écrin judiciaire, le tableau fera l'objet d'une inscription à l'inventaire des Monuments historiques. Une convention de dépôt sera conclue entre la ville de Saint-Avold et le ministère de la justice, qui en conservera la propriété.

Publié dans Chronique pragoise

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