Jules

Publié le par remi

Jules a vécu trois mois sous une fausse identité.

L'histoire est peu banale et d'autant plus si l'on connait l'histoire familiale de Jules qui nous la confie, alors que nous dinons, Juliette, Jules et moi dans un restau japonais (et échanges de bons procédés, nous lui livrerons aussi notre histoire a nous qui s'étale un peu trop complaisamment sur les bits de ce blog).

Coté maman: des femmes et encore des femmes. Maman est l'une des six soeurs enfantée par une maman elle-meme issue d'une sororie (oui, certes le masculin l'emporte et ce néologisme sonne mal avec ses assonnances de sorry et de sour mais qui diable oserait « fratrie » quand tous les membres seraient du sexe féminin?), d'une sororie donc de six ou huit soeurs. Et ainsi de suite pour autant que la mémoire se souvienne.

Coté papa: pas d'papa et encore pas d'papa. Morts au champs d'honneurs, suicidés, accidentés, etc. les pere, grands peres paternel ou maternel, tous ont fait preuve d'une inconsistance a etre, d'une fragilité a exister, se contentant de naitre, féconder et n'etre.

Jules – qu'il soit pédé n'étonnera personne, stratégie de survie, un peu du coté des femmes dans une famille ou les femmes ont le pouvoir, pas comme les peres dans une famille ou ils ont une tendance pathologique a disparaître une fois leur gametes éparpillés dans un utérus fécondé.

Jules – écrivais-je – a vécu trois mois sous une fausse identité.
Il est issu d'une grande famille de l'Est, les Derr-Heim. Le nom Derr avait été « relevé » (comme on dit) il y a deux ou trois générations par les Heim apres que les Derr eussent (déjà) fait preuve d'une tendance dramatique a l'évanescence des héritiers males de la lignée.

Quand Jules est né, l'officier d'Etat-Civil, consciencieux grammairien germaniste (pointilleux et exact comme savent l'etre par déformation professionnelle tous les officiers d'Etat-Civil et pointilleux et exact comme savent l'etre par nature les Germains que la République s'est appropriée du coté de Strasburg et de Metz), l'officier d'Etat-Civil donc, inscrivit Jules Das-Heim sur ses grands livres et le certificat qu'il délivra a son pere.
On doit dire das Heim, la maison et non der Heim, le maison.

Si un nom ne colle pas a la réalité, changeons la réalité ou changeons le nom. Avec son coté pointilleux et sourcilleux de l'exactitude grammaticale, l'officier d'Etat-Civil avait, sur ses grands livres, effacé toute trace de masculinité paternelle (qui on l'a vu faisait déjà grandement défaut), comme s'il avait senti dans ce nourisson dont on lui confiait de graver a jamais l'identité le coté généreux, la douceur, la tendresse ni tout a fait paternelles ni d'ailleurs maternelle, comme s'il avait voulu lui éviter d'hériter a la fois du nom des Derr-Heim et du tragique destin qu'il réserve aux males qui le portent.

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