Retour à Toul

Publié le par remi

Je crois que c’est un lapsus freudien qui m’a fait oublier mes papiers, mon chéquier et mon porte-monnaie à Toul. Un oubli motivé par le désir inconscient de revoir Marie-Françoise.

 

J’arrive pour le déjeuner et on bavarde, de religion, de l’engagement de ma tante au sein de la paroisse avec, en particulier, cette mission délicate, parfois émotionnellement pesante d’accompagner le deuil des familles touloises. Récemment, il s’agissait de la jeune veuve d’un soldat de 32 ans fauché par un cancer, débordée par la famille et les amis qui s’entassaient dans la minuscule maison où Marie-Françoise et ses accompagnants ont à peine trouvé de la place pour mettre au point la messe d’enterrement prévue pour le lendemain.

 

L’Église se modernise. Qui eut cru que Le Chant des partisans, l’une des dernières volontés du défunt, aurait pu retentir dans une église ? Soldat engagé et entouré, le défunt a eu droit aux honneurs militaires ; Marie-Françoise décrit le choc, la surprise de la salve alors, qu’au sortir de l’église, elle devançait le cercueil.

 

L’Église se modernise. Qui eut cru, il y a cinquante ans, qu’on confierait une messe d’enterrement à une femme.

 

Marie-Françoise répond à mes questions sur mon grand-père André que je n’ai pas connu ou si peu (je devais avoir autour d’un an quand il est mort). Ce que papa nous avait confié de son père, ce sont quelques vignettes dignes des images d’Épinal comme ce Noël, où les enfants avaient reçu de beaux cadeaux et avaient été forcé d’en faire don aux petits enfants pauvres. Dure façon d’enseigner la générosité à ses enfants.

 

Marie-Françoise me parle de l’engagé politique, grand-père était membre de l’Action française, royaliste convaincu mais, au moment de la condamnation de l’Action Française par le Vatican, grand-père André quitte le mouvement par respect et obéissance à l’autorité du pape.

 

Bizarres années trente où le royalisme est condamné par le pape (alors que la monarchie française, par définition, est catholique) et les camps nazis tus par le Vatican…

 

Grand-père doit sa libération, d’un camp de prisonniers de guerre en Silésie, à l’intervention de son ami et patron, Daniel Paul-Cavalier, maitre des forges de Pont-à-Mousson et sous l’égide de la Croix rouge.

 

J’apprend par Marie-Françoise que mon grand-père était « réceptionnaire » aux fonderies de Fougue, sorte de cadre commercial chargé de recevoir les missions commerciales. Il s’occupe également de l’éducation des ouvriers, de l’intégration de la main d’œuvre fraichement arrivée de Pologne et organise des conférences.

 

Ces années d’après-guerre sont les belles années de la sidérurgie lorraine, de l’effort de reconstruction, du patriarcat patronal : je découvre au hasard d’une promenade dans le jardin que les fonderies mettaient alors à disposition un jardinier deux jours par semaine.

 

Mais qu’a fait grand-père pendant la guerre ? Il est libéré du camp de prisonniers en 1941. Selon Marie-Françoise, il passe les années de guerre à Haguenau, en Alsace, à servir l’armée française. Cela me semble bizarre (l’Alsace fait alors partie du Reich et je doute que Hitler laisse des militaires français sur ses terres). Cette légère incohérence ne trouble pas, outre mesure, Marie-Françoise qui est sure de son fait : son aide-de-camp c’était un Elchinger, frère de l’évêque de Strasbourg et potier de son état.

 

Du gris de Toul à l’économie mondiale

 

Marie-Françoise m’invite à l’accompagner à Blénod-les-Toul où elle doit se fournir en gris de Toul pour en faire cadeau à ses copines du Carmel de Lièges - et elle me présente à Renée Vosgien, la maman des viticulteurs-exploitants actuels (depuis 1640 !) du vignoble de Toul.

 

On déguste un excellent mousseux aromatisé à la mirabelle.

 

On discute du thème abordé la semaine dernière avec Maryse et qui fait la une des journaux : « les traders sont responsables de la crise » (et ils recommencent comme en quarante !), du malthusianisme forcé des agriculteurs européens, et patati et patata.

 

Au total, un excellent moment et une heureuse découverte.

 

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