Un titre tres exact

Publié le par remi

La seule chose de bien qu'on puisse dire d'Economiquement incorrect d'Eric Le Boucher (dont j'entame la lecture apres celle du concis, exact, passionnant Nos Temps modernes de Daniel Cohen) est que son titre n'est pas mensonger: en ce qui concerne l'économie, ce livre est un florilege d'incorrections, d'approximations, de raccourcis non-démontrés.

Economiquement incorrect

Trois phrases piquées au hasard.

p7 : La période de déconstruction engagée il y a vingt-cinq ans sous Ronald Reagan et Margaret Thatcher s'acheve. Leurs coups de boutoir économique, politique, idéologique, technologique et militaire ont démoli le monde du XXe siecle : le communisme a l'Est et au Sud, les économies keynesienne et "fordienne" a l'Ouest.

Certes, on peut argumenter qu'il y a figure de style et ellipse dans une introduction "enlevée". Mais ca n'est pas parce que la révolution de la micro-informatique a eu lieu en meme temps que la révolution reaganienne, que celle-ci peut etre créditée de celle-la. Et c'est la révolution technologique (sauf a preuve du contraire) de la micro-informatique, qui a mis a bas le fordisme, pas les idéologues des think-tanks de lady Thatcher ou Ronald Reagan.

p9 : Le marché francais : un quatorzieme du chinois... Croyez-vous que Renault, Alcatel ou BNP-Paribas auront longtemps leur siege ici?

Le Boucher agite le bilboquet de la peur de l'invasion des Barbares. Arcelor, certes a été racheté par Mittal Steel mais le siege, jusqu'aux dernieres nouvelles reste au Luxembourg (meme pas le quatorzieme du marché francais) et en tout état de cause n'est pas délocalisé a Mumbai ou New-Dehli. Tout le livre me semble a l'avenant : des approximations, des croyances, aucun fait ou si peu. Et quand il y a des faits, des chiffres, ils sont mal compris, mal utilisés :

p46 : [Au Brésil] Comme le taux de mortalité des jeunes est passé de 60 pour mille en 1990 a 39 pour mille en 2001, les familles pauvres peuvent avoir moins d'enfants, ce qui allege la pression démographique du pays.

En clair et sans décodeur, cette phrase tend a dire que : y'a moins de gens qui meurent donc il y a moins de population!!!... Du n'importe quoi.
Certe, le démographe et l'économiste vous expliquerons qu'on observe une corrélation entre la baisse du taux de mortalité infantile (et pas des jeunes - please! ) et la baisse de la natalité mais cette corrélation ne vaut pas causalité (ce "Comme le taux... " est une erreur épistémologique!... ) - ces deux baisses sont toutes deux expliquées (causalité) par la hausse du niveau de la vie qui, indeed, mais c'est ici passé sous silence, a augmenté au Brésil lors de ces années.

Bref, un livre a ne pas lire. Allez plutot dévorer celui-ci.

Publié dans Homo oeconomicus

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M
Conclusion : lire Rémy plutôt que le boucher ; normal il n'a pas les bons outils lui.
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