Et le soleil brille dessus...

Publié le par remi

Chez maman, outre la lecture, le classement d'archives (photos et négatifs photos en particulier) et la rédaction d'une chronologie familiale m'occupent. Je retrouve ce texte écrit à la toussaint 1990 pour légender une photo dans mon album photo n°10 :

On laisse si peu de traces, voyez-vous. On naît, on essaye ceci ou cela, on ne sait pas pourquoi on continue de l'essayer ; on naît en même temps qu'un tas d'autres gens, absolument embrouillé avec eux, comme si on s'efforçait, comme si on était obligé de mouvoir avec des ficelles ses bras et ses jambes, mais que les mêmes ficelles fussent attachées à tous les autres bras et toutes les autres jambes, à tous les autres qui essaient aussi et qui ne savent pas non plus comment, pas non plus pourquoi, si ce n'est que toutes les ficelles s'entrecroisent, comme si cinq ou six personnes essayaient de tisser sur lle même métier mais que chacune d'elles voulût tisser le tapis selon son propre dessein.

Et cela ne peut pas avoir d'importance, vous le savez bien, ou alors ceux qui ont installé le métier à tisser aureaient pu mieux arranger les choses. Pourtant cela doit avoir de l'importance, ne fut-ce que pour soi, pour se rassurer, puisque l'on continue d'essayer et puisque l'on est obligé de continuer.

Et puis tout à coup tout est fini.

Et tout ce qui vous reste, c'est un bloc de pierre avec quelque chose dessus. Et il pleut dessus. Et le soleil brille dessus. Et au bout du temps, on ne se rappelle plus ni le nom ni ce que les choses gravées tentent de raconter. Cela n'a pas d'importance.

Alors peut-être, si l'on pouvait rencontrer quelqu'étranger et lui donner quelque chose - n'importe quoi - qui en soi n'aurait aucune signification, pas pour qu'il le lise, ni le conserve, qu'il se donnerait la peine ni de jeter ni de détruire, ça serait au moins quelque chose. Simplement parce que ce serait qrrivé, qu'on se le rappelerait, ne serait-ce que le simple fait que c'est passé d'une main à l'autre, d'un esprit à l'autre. Et ce serait au moins ça.

Publié dans Chronique pragoise

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M
Garder ne demande aucun effort et c'est une joie. Je GARDE au grand dam de mon entourage et longtemps après j'ai la sensation de détenir des trésors. je vois ici un certain carnet, image subliminale.
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M
C'est vrai.<br /> J'avais lu quelque part que "ce qui n'est pas donné est à jamais perdu".
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