Rencontre du troisieme type

Publié le par remi

Hier, nous nous rendions a la galerie Hunt-Kastner pour le vernissage de l'exposition de César Martinez, un artiste mexicain de tout premier plan qui fait des sculptures en latex qui se gonflent et se dégonglent, c'est au choix morbide (on les voit mourir et disparaitre) ou plein de vie (elles sont animées, pleines de vie). En tout état de cause, elles ne laissent personne indifférent et c'est l'un des vernissage les plus joyeux, les plus vivants que j'ai jamais vu.

L'invitation était un petit balon de plastic noir qu'il fallait gonfler pour lire le lieu, la date et l'objet. Et sur place, César Martinez a fait référence a Piero Manzoni qui (outre ses célebres merdes d'artiste en boite) conserva et vendit du soufle d'artiste, il nous demande de gonfler nos ballons et de les relacher (sans les fermer) dans une envolées ou nos ballons se dégonflent, font des loopings dans l'espace et relachent nos soufles vitaux tout en prenant vie.

Nous y rencontrons Fédé (of course, l'ambassade du Mexique étant co-organisatrice de l'événement), Cedric qui ne pouvait pas ne pas venir en dépit d'un probleme de digestion, Vladan, anciennement rédacteur-en-chef du magazine artistique Umelec et désormais en charge des suppléments du journal économique et financier Hospodarske Noviny, Iwona G., artiste dans l'ame et épouse du directeur général de Citroěn et sa meilleure amie Aldona, metteur-en-scene et qui prépare La Jeune Fille et la Mort a Strasbourg (je les invite toutes deux mercredi matin pour faire une fresque sur mon mur rendu nu par la disparition de la bibliotheque). J'argumente avec Aldona qu'il y a quelque chose d'éminemment sexuel dans le theme romantique allemand de la jeune fille et la mort et que la langue francaise a mal traduit cela qui a l'origine est die Madchen un der Tod, la jeune fille et LE mort.

- Il faut changer le titre de la piece que tu joues a Strasbourg !...
(dit avec un ton comminatoire et un grand sourire pour faire passer le ton impérieux du propos)
- non, non, non, c'est le titre original de la piece écrite en espagnol du chili. Et puis c'est trop tard...
(se défend Aldona qui explique le theme de la piece dans le Chili de la dictature, la jeune fille attendant son homme disparu et sans doute mort).

Apres cela, Jan Fédé et moi allons au restau chinois de Letenske namesti pour diner et commérer.

Sur le chemin du retour, au coin de Stepanska et V Jame, deux jeunes punks nous arretent Jan et moi. Dans un anglais approximatif et ultra basic, ils me demandent (Jan est pendu au téléphone avec quelqu'un d'autre)
- where is a bar for gay and lesbian together?
- you are lucky because there is one not far, turn left at the end of the Stepanska street and then right into Ve Smeckach street, walk 30 meters and you'll find Jampa Dampa.
- qué?...

Il s'avere que nos petits amis alternatifs sont espagnols catalans, et zou! c'est reparti pour un tour d'hispanophonie (j'avais passé une partie de la soirée a tailler le bout de gras avec l'artiste, César Martinez). Nos deux jeunes amis sont l'incarnation du cool et du sympa sous des dehors grunge et punk (ils m'expliqueront plus tard des nuances insoupconnables et qu'en Espagne, les punks sont les héritiers de la wave électronique-alternative de la Movida libératoire, hédoniste et jouissive et rien a voir avec le No Future des punks anglais... oh well...) et je les emmene jusque sur le seuil de Jampa Dampa qui est a deux pas de l'appart...

Il n'y a absolument personne!   :-(

Les envoyer a Stella dont on est certain qu'il y aura du monde un lundi soir.
- tienen una mapa de la ciudad, un plan?

Bien sur que non, nos petits touristes sont cool mais totalement olé-olé.

Que faire? On va les y amener et s'y prendre un verre. Et découvrir un peu plus sur la vie et la pensée de ce couple improbable, un gay et une lesbienne tombés sur terre, a Prague, dans des habits de martiens, chez des amis tcheques hétéros qui ne connaissaient d'autre endroit gay que ce bar (Escape to Paradise) au coin de leur rue - bar d'ou Xavi et Kinke se virent refouler
- respekt! respekt! you cannot come here!...

Parce que ce bar est un bordel qui, pour etre gay, n'en est pas moins interdit aux lesbiennes et ou la présence d'une femme (qu'elle soit l'incarnation bizarrissimement vétue du simpatico est une autre histoire) poserait probleme dans cet endroit ou la plupart des jeunes prostitués sont en fait hétéros et vendent leurs charmes et leur jeunesse a de vieux teutons plein de soupe et de sous.

- respekt! respekt!...

Incantation new-age a la porte d'un bordel. Le surréalisme n'est pas mort a Prague...

Et donc, a Stella, nous papotons, essayons de lier conversation avec des Tcheques que leur biere nationale ou quelqu'autre alcool ne rend meme pas simpaticos avec les Martiens grunge parlant a tout casser trois mots d'anglais, la langue internationale terrienne.

Il est tard et je me dis

Ah la belle vie qu'on vit quand on vit la vie qu'on veut!...

avant d'aller me coucher.

Publié dans Chronique pragoise

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M
Le troisième type vient de faire sauter mon commentaire ...dire que je ressemble à la mémé sur la chaise serait exagéré. Il me semblait avoir lu autre chose mais peut-être que le grand mur nu a trouvé un habit à sa taille ?
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R
oui, le grand mur nu a trouve quelque chose a la Alechinsky...