What goes around comes around...

Publié le par remi

Le début de cette histoire est une vieille histoire.

Me sentant toujours soumis au secret professionnel, je tairai les noms et les dates.

Je suis directeur financier de la filiale tcheque d'une multinationale, nommons la Big Mother limited. Un nouveau directeur financier est nommé a la tete de la région Europe Centrale. C'est un garcon - appelons-le John - sans expérience du business, peu sur de lui, arrogant envers les Européens continentaux comme savent l'etre ceux qui sont nés du bon coté de la Manche ou de l'Atlantique, Il me craint parce que j'ai plus d'expérience que lui et que je pourrais facilement prétendre a son poste. Il me hais aussi je pense, et pour les memes raisons.

Nous sommes dans les premiers jours de janvier et le deadline de la cloture des comptes approche a grands pas.

John m'appelle pour me dire qu'il faut "retraiter" les comptes de telle et telle maniere de facon a montrer qu'on a été beaucoup plus profitables qu'en réalité - je passe sur le détails mais pour faire simple, disons qu'il s'agit de "retraitements comptables" portant sur les dates de valeur d'acquisition d'actifs corporels et incorporels et d'un tour de passe-passe visant a faire apparaitre le profit généré et "reporté" dans le progiciel de consolidation au "bon" moment.

J'ai l'éthique de la vérité chevillée au corps - ce qu'il me propose de faire est illégal. Enfin, pas illégal (au niveau de mes responsabilités légales tcheques, cela ne correspond a rien de répréhensible par la loi tcheque) mais, comment dire?, cela ne se fait pas.

On comprend mieux les dérives Enron et Andersen quand on lit cette histoire vraie - a l'époque, tout le monde ou presque triche avec les chiffres, les "retraite" pour les enjoliver. La loi Sarbannes Oxley n'a pas encore été votée, elle ne viendra que plus tard...

Je dis a John que je ne suis pas d'accord pour faire cela, que c'est un mensonge en chiffres.
- en revanche, si tu désires que cela soit passé comme tu le désires sur le progiciel de consolidation, libre a toi de m'instruire et de prendre les responsabilités qui t'incombent. A chacun ses responsabilités: a moi de dire aux actionnaires la vérité sur les comptes tcheques - a toi de faire ce que tu veux avec cette vérité et d'informer comme tu l'entends. As adequately as you wish...

Il est furieux, je l'entends dans sa voix. C'est a peine s'il ne me rappelle pas qui est le boss et qui doit obéir a qui. Il laisse sous-entendre que ce n'est pas lui qui le désire mais le directeur général de la "région" Europe centrale qui pourrait bien me saquer si...

Je sais de quoi il parle. Les bonus annuels des pontes sont dépendants des résultats nets consolidés de la région et un wonderbra comptable au niveau tcheque mettrait du beurre dans les épinards truffés de monsieur-le-boss.

Le probleme de John est que mon salaire n'est pas indexé sur les résultats tcheques (donc je n'ai aucun intéret a suivre ses ordres) et que, pour moi, cela ne se fait pas. Point. End of discussion.

Il insiste encore.
- listen John. Le fichier de consolidation de la Tchéquie, je te l'envoie a toi. Tu peux changer ce que tu veux comme tu le veux, pourquoi me demandes-tu - par oral - de procéder a des changements dont toi et moi savons qu'ils ne sont pas according to the book?...

John ne répond pas a ma question. Mais insiste. Devant mon intraitance (c'est comme ca qu'on dit?), on se met d'accord sur le fait que je recevrai des instructions par écrit.

John, de maniere totalement perverse, enverra ses instructions précises et détaillée a onze heures du soir le jour de la cloture (a minuit, le fichier doit partir sinon il peut m'accuser de ne pas tenir les délais).

John, de maniere encore plus perverse, utilise un mail que je ne peux ni imprimer ni forwarder (retransmettre?). Notre logiciel de gestion des mails permet cela - bravo IBM (MS Outlook permet-il ce raffinement?). Donc, foin de toute justification écrite dans mes archives de reporting.

Quelques temps plus tard (un mois a peu pres) John écrira un mail vengeur a mon boss tcheque avec copie conforme au chef de la région Europe centrale, pour détailler, en dix points, les insuffisances notoires et criantes de mon travail.

Connard !

Bastard !

J'ai fait la démonstration a mon boss tcheque que ces accusations étaient sans fondement. Je mentionnais l'épisode du mois dernier:
- je ne t'en avais pas parlé parce que c'étais completement anecdotique et que je ne voulais pas t'importuner avec ce genre de probleme et ce genre de cuisine.

L'affaire se finit la.

 


 

Le monde du business est petit et on retombe toujours, tot ou tard, sur les memes personnes.

Récemment, je prenais un verre avec celui que plus haut je désigne comme le "boss de la région Europe centrale". On parle de choses et d'autres.

Comme je le soupconnais, ce collegue n'avait porté aucune crédit au mail critique en dix points:
- John was someone with issues and I knew he had one with you.
- il travaille toujours avec toi?
- Oh non, on l'a viré apres que et patati et patata....

Je souriais en écoutant mon ex-collegue me détailler les détournements que John, qui ne connaissait rien au business, n'avait pas découvert, pas meme pu découvrir.

- Cela ne m'étonne pas : la seule choses qui l'intéressait, c'était la substance du reporting...

La vengeance est un plat qui peut se manger glacial.

Publié dans Homo oeconomicus

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M
Veangeance sortie du congélateur ...
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R
joie surgelée :-D
J
un vrai roman policier !
Répondre
R
c'est rien du tout par rapport a ton roman noir a toi ;-)