Corporate Social Responsibility

Publié le par remi

Vendredi, j'assistais a un seminaire sur la Corporate Social Responsibility. Comme la plupart des mots du monde des affaires (le business), ce mot est soit difficilement traduisible (en tcheque - il etait utilisé tel quel tout au long du séminaire, ou en francais) soit que nous sommes trop paresseux pour envisager sa traduction.

Libéraliste des libéralités

Un aspect que je ne supporte pas, c'est la publicité du style "nous donnons tant de % de notre chiffre d'affaires ou tant de % de notre profit" a telle ou telle organisation caritative comme argument de vente. Outre que c'est largement invérifiable, du point de vue du consommateur, je préfere largement que la société commerciale en question me fasse un rabais et me laisse libre de choisir telle ou telle organisation caritative a qui verser telle ou telle somme d'argent.

Comme le dit le gourou néolibéral Milton Friedmann,

The business of business is business.

Que le business soit efficace et peu cher et qu'il me laisse le plaisir de donner des libéralités et d'etre généreux a ma guise.

Cynique de la générosité

J'apprends lors de ce séminaire qu'une célebre marque mondiale de cafés se targue de sa politique de social responsibility. La semaine derniere, je rencontrai le manager de l'un de ses cafés, une personne brillante, attachante, successfull et heureuse de faire ce qu'elle fait (et qu'elle fait bien). Jusque la, rien a redire. Le fait est que la hiérarchie de la boite force la main de cette personne pour la promouvoir et la nommer regional manager (en charge non d'un mais de plusieurs dizaines de cafés) or cela ne correspond pas (ca arrive) aux projets, aux ambitions de cette personne. Résultats : furieux de cette insubordination, la hiérarchie multiplie les mesures vexatoire, les controles-qualités dans le café de cet(te) ami(e), lui sucre ses bonus, lui impose d'embaucher les "rebuts" d'autres cafés.

Bref, ici, comme partout ailleurs, il y a souvent un abime entre les mots généreux et la réalité ou, comme le disait l'un de mes boss, people are not assets, they are commodities.

Realpolitik

Pour moi, le CSR est réussi quand, d'une part il reconnait que, comme monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir, les sociétés commerciales font du CSR. C'est bien beau et, quelque part, largement suffisant de créer des emplois et c'est du social. Le CSR fait "naturellement" par les entreprises couvre :
- les rapports avec les employés (offrir des conditions de travail décentes et humaines et justes)
- les rapports avec les clients (offrir le meilleur service dont le client a besoin)
- les rapports avec les fournisseurs (offrir un partnership qui permette aux fournisseurs d'offrir a leurs employés et leurs clients et la société dans lesquels ils vivent ce que nous offrons*)
- les rapports avec la "res publica" (typiquement favoriser une société juste, non-corrompue, "non lobbyée", etc)

* A ce titre, c'est trop facile de se targuer d'etre socialement responsable et d'exploiter - via fournisseurs interposés - le Tiers-Monde ou une femme de ménage sous-payée et dénuée des petits avantages que l'on offre a ses employés alors que de-facto, elle travaille a temps plein pour notre société. L'outsourcing, sous couvert de rationalisation du core-business n'est souvent que le cache-sexe d'abus sociaux. A la rigueur, je n'ai rien contre mais qu'on n'aille pas apres, me faire la morale ou la lecon en publiant un beau rapport sur papier glacé et sur les avancées en termes de responsabilité sociale...

En terme de Corporate Social Responsibility, je demande qu'on ne fasse ni plus ni moins que ce que l'on devrait faire - et please - de mettre les actes avant les paroles et les paroles avant la corporate communication.

Publié dans Homo oeconomicus

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