Questions pour une quete de soi

Publié le par remi

Dans Libération, jour apres jour, cet été, une personnalité se dévoile au travers de questions tres pointues – je me soumets a l’exercice pour son plaisir :

Quel est le travail le plus étrange que vous avez fait?

Un stage „ouvrier“ dans une usine de missile. C’était avant d’entrer a HEC et partant d’une bonne idée (nos élites commerciales se doivent de connaitre la France „profonde“), l’école rendait obligatoire un stage appelé de maniere assez condescendant „ouvrier“. J’avais pour ma part, avant de lire la question et de me creuser les méninges (un boulot étrange? Un boulot étrange?... hmmmm) totalement oublié ce stage et en me le rappelant, je me dis surtout a quel point il est aisé de travailler pour l’industrie euphémiquement appelée „de la défense“ et qui est surtout une industrie de mort. J’imagine que j’aurais sans probleme, sans me poser de question, fait un stage „ouvrier“ dans l’usine qui produisait du cyklon-B. J’étais a un maillon de la chaine qui assure la résistance thermique et aux chocs des composants électroniques des missiles (bains chimiques spéciaux du feuilletage de semiconducteurs lui aussi spécial), inconscient que mes missiles tomberaient (aussi) sur des innocentes victimes en Yougoslavie ou lors de la guerre d’Irak de 1991...

Un voyage qui a changé votre vie?

En décembre 1989, tous mes petits camarades d’HEC (encore eux!) partaient a Berlin pour rapporter un bout du mur qui venait de tomber, avec Marie-Anne (qui je crois était amoureuse de moi), nous prenions le train pour Vienne (chez Sylvia Rausch qui nous accueillit adorablement) et pour Prague.

Dans le train, une jeune femme que nous avions entendu parler francais sur le quai de la gare avec son amie autrichienne, s’assoie dans notre compartiment et nous engageons la conversation. Incrédules surtout que le francais soit resté une langue véhiculaire entre deux personnes ni franco-maternelles ni ex-colonisées. Peu avant l’arrivée a Prague, répondant a notre question „quel hotel nous recommandez-vous?“ la jeune-femme nous propose son appartement: elle, son mari et son enfant allaient passer les fetes en famille a la campagne. Souvenir ému: bel appart simple mais bien équipé (chaine hi-fi, micro-onde), loin de la propagande sur la pauvreté extreme dans l’ex bloc communiste.

Mais ce qui a changé ma vie surtout, c’était la fete de Nouvel An sur la place Venceslas et les Tcheques qui criaient ou chantaient Svoboda! Svoboda! Svoboda! (liberté!) et qui nous embrassaient et qui nous fetaient et qui retrouvaient leur liberté chérie.

L’atmosphere était merveilleuse.

Je décidai de retourner dans ce pays. J’y vis depuis treize ans désormais.

Un geste de la vie quotidienne que vous ne pouvez pas faire?

Regarder la télévision.

  1) parce que je ne l’ai pas.
  2) parce que je la déteste.

Qu’est ce que vous perdez?

J’ai la hantise de ressembler a mon pere qui toujours cherchait ses clés. La maison régulierement résonnait d’un
- Ou sont mes cléééés?!...
En ce qui concerne les objets de la vie quotidienne, je suis donc plutot tres organisé, avec des petits „trucs“ pour ne pas perdre mes affaires (la clé: immédiatement sur le crochet de la penderie de l’entrée, les petits objets dans mon sac, un carnet de note toujours sur soi et toujours un stylo Parker dont je m’étonne moi-meme que je ne l’ai pas encore égaré).

Je ne perds pas trop la mémoire. pas encore! Et bizarrement, depuis que j’ai réalisé a quel point il est vrai que le cerveau enregistre TOUT et qu’un oubli est un acte (volontaire ou inconscient, mais un ACTE posé par la personne), j’oublie moins mes rendez-vous et mes engagements.

Je perds du temps a faire des choses dont je n’ai pas envie au lieu de créer ou d’écrire...

Un film que vous avez aimé récemment?

Avec Jutka, nous allames voir La Secrétaire, un film américain indé qui m'a fait comprendre de maniere ni trop accrocheuse ni trop documentaire ce qu'est le sado-masochisme, fétiche qui m'est totalement (mais alors totalement!) étranger.

Votre derniere émotion esthétique?

A Budapest, je rencontrai Kristof qui m'envoya un fichier mp3 et cette chanson "Stronger" qu'il a composée et que je trouve sublime.

J'aimerais que Kristof (qui me dit que cela n'est pas possible, que cela (l'inspiration) ne se dicte pas) reprennent ses pinceaux musicaux et nous composent encore d'aussi belles musiques - PS fichier mp3 sur simple demande: laisser un commentaire avec adresse e-mail sur ce blog.

Un exemple d’abus de langage?

"Peut mieux faire" - c'est ce qu'écrivaient la plupart de mes professeurs sur mes carnets de notes au lycée ou au college. C'est entré dans une sorte de mythologie familiale - Rémi, c'est celui qui peut mieux faire s'il n'était pas si paresseux. Si tu étais réellement travailleur, tu serais ailleurs.

cet ailleurs, cet au-dela de l'effort, ce souci d'en faire toujours un peu mieux a failli me tuer: si la perfection n'est pas de ce monde, a quoi bon?

C'est Beckett qui au questionnaire du magazine Lire "pourquoi écrivez-vous?" répondit:
- bon qu'a ca.

a quoi bon? bon? mieux? meilleur? le meilleur!?
Souvenir de mon pere qui, quand j'ai eu les résultats des examens a HEC (purée aujourd'hui j 'arrete pas d'en parler!...) m'a dit "c'est bien mon fils, tu as dépassé ton pere" - j'avais 19 ans et le programme qu'il s'était fixé pour moi était accompli.

Mais peut mieux faire! Il restait tant d'autres personnes a qui se mesurer. Et autant placer la barriere tres haute et recommencer sa vie dans un pays dont on ne connait pas la langue et ou l'on ne connait personne (et Dieu sait que les connaissances sont indispensables a la réussite).

Peut mieux faire!

Qu’est ce qui change?

Moi. Fede a créé le label „new Remi“ et il reste a voir si c'est le "label" qui fait la personne ou le contraire. Toujours est-il que j'ai remarqué qu'a chaque moment crucial de ma vie, je change de maniere de la raconter. autobiographe impénitent, je tiens un journal (sous diverses formes dont ce blog est l'un des avatars) depuis l'age de 13 ans. A chaque moment clé, je change (le plus souvent sans le savoir que cela marque un moment clé) le titre ou la forme de mon journal. La fin de Minuly Tyden et le début du blog marquent tres certainement la fin de la période "conjugale" de ma vie. Retrospectivement, cela se confirme.

Avant cela, les étapes importantes sont:

  • Journal - adolescence
  • Taller de Memoria - acceptation de soi et coming-out
  • Grafomano - années post HEC et premiers pas dans la vie active
  • Minuly Tyden - Prague et "mariage", Minuly Tyden (la semaine derniere) est une chronique envoyée chaque semaine tout d'abord par fax ou courrier, puis la technique avancant par courriel, a la famille et aux amis proches...
  • Oh les beaux jours! - de plus en plus "ouvert", c'est désormais sur un blog que ma vie s'étale.
Votre ennemi préféré?

La doxa.

La doxa pour moi c'est surtout ce bourrage de crane qui veut que "puisque les choses sont comme ca, cela veut dire qu'elles sont comme ca" - point barre et fin de la discussion.

Un homme est fait pour aimer une femme. Oui, certes, mais pas seulement.

Le mariage est l'union d'un homme et d'une femme. Et s'il celait un projet de vie? et pourquoi l'enfermer dans un dogme hétérosexuel? Et si son but est la procréation, pourquoi ne le réserve t on pas aux couples avec enfants (comme une cerise sur le gateau de la fécondité)? 

La société (tres majoritairement hétérosexuelle, encore, et pour longtemps je le crains, machiste et paternaliste, blanche et engocé dans une camisole culturelle judéo-chrétienne dans nos pays) génere un doxa qui écrase les femmes, les minorités sexuelles et raciales.

Publié dans Mutatis mutandis

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