Il n'y a pas de savoir inutile

Publié le par remi

Vendredi soir, nous dinons, Adam, Petru et moi, au Byblos, un restaurant italien au nom bizarrement grec.

Je deguste un Chateaubriand Napoleon - ironie culinaire qui reunit a deux siecles de distance l'empereur parvenu et l'aristocrate romantique: delicieux pavé de boeuf au foie gras nappé de sauce au cognac.

Petru a finit le lycée et va commencer l'université. Adam et moi le poussons a "apprendre, apprendre, apprendre"
(un slogan léniniste parait-il)
meme et surtout les livres qui ne sont pas au programme: l'histoire du jardinage, donnais-je comme exemple. Le jour ou tu rencontreras dans ta carriere diplomatique, une personne amoureuse de son jardin, tu pourras engager la conversation sans efforts.

On discutte de ma derniere marotte - l'histoire des Valaques et de l'article de Wikipedia que je completais. Petru a plein d'informations complementaires sur le theme qui est central a l'histoire de la Roumanie qui etait autrefois la Valachie (les "Romains" etant au moyen age les grecs, qui s'autodesignaient ainsi, dignes heritiers orientaux de l'Empire romain - les Roumains furent longtemps pour les grecs des Valaques, non qui a l'origine designe les Celtes).
- tu vois, il y a une semaine, c'etait pour moi un savoir inutile, ce soir, ca nous fait un interessant sujet de conversation et un fructueux echange d'informations!

J'appris autrefois le latin et le grec - plutot poussé par mes parents dans une strategie scolaire de bon aloi que par interet. Ce savoir me fut utile quand j'appris le tcheque (qui se decline et comprend 7 cas comme le grec ancien et qui a conservé des archaismes grammaticaux indo-europeens comme le duel et les deux pluriels). L'apprentissage du grec facilita celui du russe dont le cyrillique est issu - et cette semaine a Sofia, je me félicite mentalement d'avoir appris l'azbuka dans une vieille methode communiste et rebarbative que Farimah laissa a la maison. Et PECTOPAHT indique bien pour moi RESTORANT, un endroit accueillant ou se restaurer. Mercredi soir, alors que je suis perdu dans l'immense gare centrale de Sofia a la recherche de mon train pour Bucuresti, je devine que, voie 1, le train qui va a MOCKBA (Moscva ou Moscou) passera en Roumanie: bingo!

On notera que le francais est (encore et pour combien de temps?) la langue internationale des chemins de fer - que cela fait plaisir de le voir utilisé en lettres de géantes sur le fronton de la gare, mais qu'a part ca, le touriste habitue a l'alphabet latin est bien en peine pour trouver son chemin...

le Ka Gay Bé

La conversation avec Adam et Petru prend un autre tour. On evoque la demande d'obtention d'un visa pour la Republique Tcheque par Petru, citoyen moldave, demande rejetée et refus non motivé par les autorités consulaires. Adam m'en parlais et je lui annoncais en rigolant "t'inquietes pas, je m'en occupe, j'appelle le Ka Gay Bé"

Jeu de mot intraduisible en francais: en tcheque comme en russe, G. se prononce Gué et le K.G.B. comme Ka Gué Bé. Le Ka Gay Bé est un service de renseignement gay, tres efficace et totalement secret.

C'est D. qui avait créé cette expression, un soir qu'on dinait chez son excellence et que la conversation roulait sur ce boy dont Cedric s'etait entiché (Mister Good Party). D. nous etonnait tous en donnant un coup de telephone, repetait les quelques informations dont disposait Cedric (age, look) et nous donna la fiche signaletique précise de ce mec: vénal (oui), profession anterieure...

J'appelle donc le K.Gay.B. - en l'occurence D., pour lui demander d'intervenir dans la demande d'obtention de visa de Petru "c'est pour la bonne cause" lui expliquai-je, "pour permettre a Petru de rejoindre son amour a Prague".

D. me rappelle pour m'expliquer qu'il ne peut pas "pousser" le dossier mais au moins nous donne les raisons du refus: l'invitation necessaire est établie par une personne privée (Adam) et cela ne suffit pas, il faudrait que cela soit sa compagnie, comme pour la premiere demande de visa que Petru fit lorsqu'il vint a Prague.

Merci D.!

Kafkaiesque situation: la Tchequie tient a eviter l'invasion de travailleurs issus d'Ukraine et de Moldavie mais refuse les visiteurs privés et pousse a déguiser en visite de travail les voyages vers son territoire!

Et, a table, Adam me soumet pour relecture le projet d'invitation, tres officielle, caressant les autorités consulaires tcheques dans le sens du poil: LLP Group, Prague comme navire amiral pour l'Europe Centrale et centre de développement logiciel, exportations partout dans le monde (ce qui est vrai: Adam revient d'Australie ou il a supervisé une installation de Time @ Work a Sidney), nécessité d'une traduction en russe et en roumain (ce qui l'est moins) => priere d'accorder a Petru un visa nécessaire aux visites indispensables dans le cadre de ce projet...

Apres quoi nous sortons au Queen's Club - un club peint de rouge et noir, en sous sol, sentant le moisi (mais avec les pluies diluviennes qui n'ont cessé tout l'été, tout, a Bucuresti, sent le moisi), gogo dancers, queens, quelques beaux formats, Cristian, un ami de Petru dont je pourrais aisément tomber amoureux s'il n'était macqué... je n'ai pas ce soir la l'instinct de chasse et rentre bredouille a l'hotel.

Publié dans Mutatis mutandis

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