Oui aux identités nationales, non à l’identité nationale

Publié le par remi

Il y a un relent politiquement nauséabond dans le débat lancé par la droite française sur l’identité nationale. Linguistiquement, il part très mal.

 

Le français opère une assimilation dommageable entre la nationalité et la citoyenneté. Ces deux mots, devenus synonymes en français, ne le sont pas. Le jacobinisme a systématiquement sommé les nations qui composaient le « peuple français » de se fondre dans la masse majoritaire. Le jacobinisme a créé le concept d’État-Nation en faisant fi de la réalité historico-linguistique des nations françaises. Il a fallu que je quitte la France et vive longtemps à l’étranger pour comprendre cette idéologie nationaliste qui – à droite comme à gauche – malaxe le corps national, le pétrit profondément pour obtenir une pâte unie.

 

Arrivé en Tchécoslovaquie, en 1992, j’ai été étonné de découvrir que la carte nationale d’identité s’y appelle joliment et précisément une carte de citoyenneté (občanský průkaz) et surtout qu’elle fait mention de la nationalité… Diantre ! on peut être citoyen d’un État et ne pas en avoir la nationalité ?! Oui !

Les nations définies par la Constitution étaient alors : tchèque, slovaque, tzigane, polonaise (sur les marches silésiennes du pays), hongroise (une forte minorité vit en Slovaquie), ou allemande (quelques milliers d’Allemand ont été épargnés lors de l’application des décrets Beneš exigeant le départ des Sudètes). Les nombreux Vietnamiens qui ont immigré en Tchéquie lors du communisme tentent de faire reconnaitre leur existence nationale… La Constitution protège les nations qui la compose, impose à l’État des obligations contraignantes comme d’offrir une éducation dans la langue nationale, de communiquer dans la langue de la minorité là où elle est majoritairement établie, le slovaque en Slovaquie, le tchèque en Tchéquie ; la garantie pour un Tzigane ou un Hongrois de pouvoir communiquer dans sa langue avec l’administration restant, dans une large mesure, une fiction…

 

En France, les nations qui composent l’État français ont commencé à être laminées par la République. Clermont-Tonnerre prononce lors de la Révolution, cette célèbre harangue : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus. Il faut qu’ils ne fassent dans l’État ni un corps politique ni un ordre. Il faut qu'ils soient individuellement citoyens. » Alors, et pour longtemps, donné en exemple de l’assimilationnisme ouvert, tolérant et généreux de la France envers les Juifs, ce programme totalitaire va aussi être appliqué aux Alsaciens, aux Bretons, aux Flamands, aux Gitans, aux Occitans : « disparaissez ! devenez Français ! »

 

Dans ce programme idéologique, l’école laïque et républicaine a été instrumentalisée, imposant, jusque récemment l’usage exclusif du français. Relisez vos manuels : « la » nationalité, c’est celle de la France qui est un État-Nation. Il n’y a pas d’autre définition. Les Juifs ? des coreligionnaires. Les Gitans ? une large tribu. Les Bretons ? quels Bretons ? Les Alsaciens ? de très fidèles citoyens attachés à une appartenance française. Les bolchéviques ont voulu construire l’Homo sovieticus, les jacobins sont parvenus à faire de l’Homo francicus la seule composante possible de la Nation.

 

Après les Juifs, les Occitans, les Chtis ou les Roms, c’est le tour des francisés de fraiche date d’être sommés de se fondre dans la masse : haro sur le particulier ! haro sur l’ethnique ! haro ! haro ! sur la nation arabe que l’Hexagone porte en son sein. Nicolas Sarkozy ne dit pas autre chose quand il affirme : « L'identité nationale c'est l'antidote au tribalisme et au communautarisme. » Son discours est l’équivalent d’une demande en mariage interconfessionnelle où le fiancé, dans un même souffle clamerait son amour et exigerait soumission et… conversion.

 

Est-ce le seul discours possible ? À l’heure où se construit l’Europe, peut-on encore mentir aussi éhontément sur la réalité d’une identité nationale. À l’heure où se construit l’Europe, doit-on laisser s’exprimer encore le nationalisme, cette idéologie qui ensanglanta l’Hexagone, l’Europe et le monde ? Un autre discours est possible, celui de la coexistence pacifique et respectueuse des différences des différentes identités nationales.

 

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Juliette 16/02/2010 19:19


Je partage tout à fait tes idées. Je pense que c'était purement électoraliste et de circontance. Il me semble qu'il serait plus important de faire un débat sur l'identité européenne, si vraiment on
veut construire une entité plus qu'économique. ..


Jean Marc Libon 14/12/2009 03:06


Salut Remi.
Je suis assez d accord avec toi :Je viens de Belgique et ce qui me frappe  chez les français, c'est le chauvinisme:Ici, il s'agit d'un sentiment tout à fait inconnu (encore heureux dans un
pays pas plus grand qu'une de vos régions et ou on parle trois langues) Alors selon toi, ce nationalisme serait le résultat de 200ans de "lavage de cerveau" étatique?


*eMira 10/12/2009 20:28


Comme je partage ton point de vue, je n'ai pas grand chose à ajouter. J'ai remarqué un changement dans la journée, tu as changé trois images des albums photos (pages de couverture) sauf 2009. Tu
continues à dessiner ?