Paradoxe onomastique : le troisième genre

Publié le par remi

Lors de leur périple juilletiste en France, Tereza et Ivana ont eu le plaisir de rencontrer mon père et ma mère, mon parrain Marie-Bernard et ma tante Nicole, bref : d’être un tant soit peu introduites au sein de la famille.

 

Lors de ce séjour pragois, Tereza organise un diner avec sa sœur et son beau-frère, Petra et Petr.

Petra est enceinte de trois mois et rayonnante de vie.

 

Quasi-membre de la famille, l’ex de Tereza fait partie du diner.

En mai, Tereza l’appelait encore systématiquement Šarka et parlait d’elle au féminin en avouant avoir du mal à se faire à sa nouvelle identité.

En aout, lors de ce dernier voyage en date, elle ne parle plus que de Luca (qu’elle prononce à la tchèque : Lukáš) et utilise le masculin. Il faut dire qu’entre temps, Luca s’est fait couper les cheveux et que sa voix a définitivement mué dans les graves.

À près de quarante ans, il a une dégaine d’adolescent sexy.

Rien n’aurait pu lui faire plus plaisir que – comme il le relate – dans un bar gay, de se faire draguer par un mec qui le prend pour un pair.

 

Il raconte le choix de son nouveau nom.

Ce choix me fascine. Les mots me fascinent.

 

La loi tchèque permet aux transsexuels de changer deux fois de nom : ils peuvent adopter un nom « neutre » dans la phase de transition et de transformation – où certaines et certains s’installent définitivement – avant que de pouvoir choisir un nom correspondant au sexe adopté de façon définitive après l’opération.

 

Luca d’abord.

Luca a la désinence féminine en –a des noms féminins tchèques (Eva, Hanna, Petra, Tereza, Denisa). Il est acceptable aux yeux de la loi pour une personne cisgenre.

Luca (parce que rien n’est simple avec la grammaire tchèque) est proche des diminutifs en –a des prénoms masculins (Honza, Jirka, Pepa, etc.)

Luca, surtout, est un prénom masculin italien. Bref, le parfait compromis.

 

Pour aller avec ce prénom, Luca s’est choisi un patronyme italianisant en –i ; -í est une désinence neutre en tchèque. Quand je résidais à Prague, les mailings m’étaient régulièrement adressés à Madame Rémi Marie-Bernard. Un Tchèque est incapable de dire « naturellement » si un prénom en –i est masculin ou féminin. Marie-Bernard n’aide pas beaucoup avec un Marie définitivement féminin et un Bernard évidemment masculin…

Publié dans Linguistique

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*eMira 11/10/2010 19:56



Envoyé trop vite ... j'ai connu un Bernard-Marie et un Pierre-Marie (professionnellement, même si ce n'est pas utile de préciser)



*eMira 11/10/2010 19:54



Rien n'est simple avec la grammarie dis-tu, avec la nature non plus ! du moins quand l'ordre social s'en mêle ...


J'observe la publication tardive, volontairement ? Je suis heureuse de ton retour.



remi 11/10/2010 20:53



merci Marie pour ton soutien gramarien