Quelques remarques sur la dette de Dubaï

Publié le par remi

Joseph Stiglitz, dans son ouvrage, La Grande Désillusion, pamphlet contre le FMI et l'orthodoxie monétariste, nous rappelle que les États sont dans l'obligation morale de rembourser leurs emprunts mais que s'ils décident de ne pas le faire, les créanciers n'ont aucun moyen de recouvrer leurs créances. Les emprunts russes, de triste mémoire pour les investisseurs français, en sont un exemple.

C'est ce qui se passe avec Dubaï. Le sheikh Mohammed ben-Rachid Al-Maktoum a tout loisir de ne pas rembourser l'argent qu'il doit.

Le groupe libanais pour lequel je bossais, à Dubaï, invitait régulièrement l'économiste en chef de HSBC au séminaire annuel réunissant les cadres des différentes entités du groupe. J'ai le souvenir d'un mec brillantissime dans ses exposés, amusant comme seuls les Anglais savent l'être en maniant un humour so british, et d'un optimisme à toute épreuve face à ce qui, aux yeux de tous, déjà, était une bulle spéculative.

- oui, il y a quelques éléphants blancs dans les réalisations immobilières, mais globalement, c'est du solide.



L'Association des Banques émiraties nous informe que HSBC aurait un montant de 11,3 milliards d'euros de prêts engagés sur les émirats (source : Les Échos). Standard Chartered Bank suit avec quelques 5 milliards... C'est pas toujours cool d'être une banque néocoloniale.

Un des problèmes - mais on coupe les cheveux en quatre - c'est de savoir le montant exact de ce qui est du.

Les chiffres qui tombent en ce moment - 60 milliards de dollars - concernent Dubai World, la branche immobilière de Dubai Holding. Mais Les Al-Maktoum ont aussi des dettes à titre privé, au titre de l'État, et les dettes non-consolidées d'entreprises "para-publiques" (dont les actions sont cotées et sans doute majoritairement détenues par les Al-Maktoum) comme Emaar qui valait plus de 90 dollars peu après son introduction en bourse et qui en vaut quelques 3, aujourd'hui.


Publié dans Chronique dubaïote

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vincent 04/12/2009 14:28


Salut Rémi,

Je me rappelle de cet économiste et des histoires d'éléphants, le parfait smokescreen (plus à apprendre en terme de communication brillante d'un message que sur la réalité du sujet.)

Mais toi comment vois tu les choses? :
- Dubai revoit ses ambitions à la baisse et devient une petite destination touristique avec une activité honorable dans le tertiaire (vivote)
- devient carrèment une ville fantôme où le sable reprend ses droits
- ou renait de ce qui n'est même pas encore des cendres

j'aimerai bien avoir ton sentiment (rien de rationnel)

Au plaisir de te lire (et bien sûr on serait ravi d'en parler de vive voix si tu passes à Paris)

Vincent


remi 09/12/2009 15:45


Dubaï a une chance extraordinaire : être entourée de deux puissances régionales, l'Arabie et l'Iran où on ne peut pas vivre ou bien où on ne veut pas vivre.

Elle va continuer son petit bonhomme de chemin de plateforme de service à destination de ces deux pays.

À horizon cinquante ans, une fois l'après-pétrole atteint par les voisins ; une ville envahie par les sables, une merveilleuse et incroyable destination touristique où des Bédouins ferront visiter
les palais mosaïqués de marbre et de jaspe de leurs grands-parents...


Monsieur N 03/12/2009 16:43


Salam !

Voilà qui est fort interressant comme article et qui mériterait d'être approfondit !

Par exemple :

* Pourquoi les dirigeants de Dubaï n'ont pas vu venir l'éclatement de cette bulle ... c'était pourtant si prévisible ...
* Pensez vous que Dubaï va continuer dans sa chute ? Comment cela pourrait il être pire d'ailleurs ?
* A qui profite tout cela ?
* et enfin, est ce que vous retournerez à Dubaï si on vous le proposé ? : )

Merci pour vos futures réponses !

Noredine


remi 09/12/2009 15:40


a- je pense que Sheikh Mo a fait preuve de cécité. J'ai le vague souvenir d'un ministre des finances un peu trop "alarmiste" - comprendre réaliste - qui s'était fait lourder.

b- Dubaï ne chute pas, ce sont ses banquiers qui s'effondreront. Si un État souverain décide de ne pas payer, à moins de l'envahir, on ne récupère rien...

c- à sheikh Mo.

d- oui, avec plaisir si c'est au salaire d'avant la crise même moins même pour rien si un beau prince ou une belle princesse arabe m'y invite


zvezdo 02/12/2009 19:44


si ça t'amuse, je peux t'envoyer la dernière note (aujourd'hui) de Moody's sur le sujet (leur estimation de la ventilation des dettes, à 15% près..... )


remi 09/12/2009 15:41


oui! mon adresse mèl est disponible via overblog's interface.