Dimanche 6 avril 2008

The Economist, mon magazine préféré, publie un éditorial sur le bonheur d'un point de vue politicoéconomique, sous la forme de la critique du livre Gross National Happiness (traduction libre sous forme de titre de ce post) de Arthur Brooks.

Qu'y apprend-on ? Qu'il vaut mieux etre de droite que de gauche pour être heureux. Mais j'aurais tendance à dire que cette dichotomie recouvre aussi celle de l'aisance et que - pour faire simple - les nantis (à ma droite) on plus de raisons d'être heureux que les revendicateurs et les réformateurs d'une société injuste (à ma gauche).

Qu'être parents donne plus de chance d'être heureux en dépit de la responsabilité et du stress supplémentaires que les enfants représentent. Les papas et les mamans américains se déclarent plus heureux que les célibataires ou les couples sans enfants. Là encore, je soupçonne un biais statistique : ceux qui doutent en l'avenir (pas forcément les plus heureux des hommes) seront moins enclins à faire des enfants. Les célibataires - le plus souvent des jeunes adultes qui commencent dans la vie, stress des débuts de carrière, stress de l'inconnu (j'ai personnellement haï mes vingt ans) seront naturellement moins heureux que les trentenaires et plus qui ont déja plus réussi, sont mieux intégrés et... ont des enfants.

Un truc marrant pour l'Européen que je suis (l'enquète est américaine) le fait de croire en Dieu rend heureux (ou fait se dire beaucoup plus heureux). Dieu donne des convictions et une téléologie rassurante.

Même chose pour l'extrêmisme politique : radicalement à gauche ou très à droite fait se dire plus heureux que de ne pas trop savoir quelle est la solution miracle pour sauver la planète, le pays, sa famille et sa peau.

par remi publié dans : lettres mots livres idées
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Lundi 31 mars 2008

Il faut lire l'intelligentissime article de Robert Redeker dans le Monde sur le sujet. J'en cite deux paragraphes sans ajouter mon grain de sel inutile.

En apparence, il s'agit d'une négation généralisée : nier par principe toute vérité attestée par des procédures reconnues et diffusée par les canaux habituels. En réalité cette négation masque une double affirmation : d'une part, toute vérité officielle, fût-elle inscrite dans les livres d'histoire, n'est que mensonge ; d'autre part, la vérité cachée est le contraire de ce qu'on nous dit. On nous dit que Coluche est mort d'un accident, le vrai est qu'il a été assassiné ! On nous dit qu'Al-Qaida a commis les attentats du 11-Septembre, le vrai est que ce sont les Américains qui en sont les auteurs ! On nous dit que l'homme a marché sur la Lune ? Mensonge ! La preuve ? Cette fable profite aux Américains ! La dialectique conspirationniste postule que la vérité est l'exact contraire de la vérité affirmée et attestée. Cette dialectique ne s'alimente que de quelques détails insignifiants mis en exergue au titre de preuves.

On devine les avantages narcissiques de la croyance dans cette théorie : son adepte s'épanouit dans le sentiment de détenir un secret d'une extrême importance. Il jouit d'en savoir plus que les plus grands savants. Il n'a pas eu à produire d'efforts pour s'élever au-dessus des sommités, il lui a suffi d'appliquer une disposition d'esprit : le rejet de toute vérité affirmée officiellement. Dans cette négation triomphe le ressentiment contre les élites de la connaissance et se déploie une figure contemporaine de l'anti-intellectualisme. Plus gratifiant encore : l'adepte de cette théorie éprouve l'ivresse d'avoir réussi à déjouer un piège collectif, dans lequel l'humanité ordinaire tombe. Il se découvre plus malin que le conspirateur qui, sous des guises diverses, trompe l'humanité depuis des siècles !

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Dimanche 23 mars 2008

J'avais lu, en son temps, Frisk de Dennis Cooper et j'avais admiré qu'on puisse repousser aussi loin les frontières du discible.

Entretemps, le français a adopté les adjectifs gore et hardcore et queercore ne tardera pas, lui aussi, a rentrer dans la langue de Sade pour décrire cette prose.

Tout ça pour dire que si tu as fait le tour de Proust (si je puis dire), qu'Hervé Guibert ne te dit plus rien et que Renaud Camus commence à te sortir par les trous (re-si je puis dire), je conseille vivement d'acheter Salopes, le premier roman internétique, lauréat 2007 du prix Sade.
Tout ça pour dire que j'ai passé une partie de mon weekend pascal à compléter l'article de wikipédia sur cet auteur fascinant.


Trop con qu'il soit pas en vente dans les librairies de Dubaï...

torse nu

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Lundi 18 février 2008
Le passionné d'économie et de wikipédia que je suis ne pouvais pas ne pas lire ce bouquin. Un nouveau paradigme du bizness est en train de naitre et deux auteurs en dressent l'acte de naissance.

Wikinomics

 

A part ça, je suis malade aujourd'hui. Un vilain rhum attrapé a Abu Dhabi me cloue au lit.

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Lundi 28 janvier 2008

Avec l'interdiction généralisée de la cigarette et l'ostracisme péripapéticien auquel les fumeurs sont relégués quotidiennement, un nouveau vocabulaire voit le jour. La pause cigarette peut etre un moment privilégié de sociabilisation (j'en parlais lors du ramadan), les correcteurs du Monde ont découvert un nouveau verbe anglais, mot-valise de draguer et cloper (to smirt = smoke + flirt qui donne un smirting, assez laid, si vous me demandez mon avis) et proposent a leurs lecteurs de choisir l'équivalent français en commençant par leur propre création, flumer.

J'ai proposé le faiblard clopiner (copiner + cloper).
Je souris au conter fumette.
J'adore, mais il est un peu trop ambigu, allumer la gitane (si elle est brune) ou allumer la gauloise (si elle est blonde)
Et je vote pour tabadiner de tabac et badiner.

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Jeudi 24 janvier 2008

Ma cousine Juliette envoie un mail ou elle écrit :

Chers toutes et tous,

Je voudrais que vous m'envoyiez la liste des dix livres qui, au court de votre vie, quelle soit courte ou longue, vous ont émus, transformés, marqués construits, bouleversés, apaisés, passionnés, imprégnés, les dix livres qui ont comptés dans votre vie.

Biensur par mail, c'est plus simple, plus rapide, mais je préfèrerais que ce soit par écrit, avec votre écriture. Une demi-page A4 devrait bien suffire.

N'oubliez pas de mettre votre prénom, votre nom (et si vous voulez, votre age et votre profession ou quelque chose qui vous décrit).

Et dans l'attente de vous lire et de lire vos lectures...

Bons baisers,

Juliette


 

Tres chere Juju,

dans le désordre de la mémoire, et par mail parce qu'envoyer une lettre prendrait une éternité,
- Histoire de Claude Simon dont je parlais dans mon blog et que je viens d'ajouter dans Wikipedia il y a quelques jours,
- A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust, parce que c'est un monument indépassable de la littérature,
- Je ne sais plus quel livre de Hervé Guibert (Mes Parents?) qui m'a montré qu'on pouvais écrire sans limite sur soi-meme (et les autres),
- Rémi sans famille de Hector Malot qui a boulversé ma petite enfance (quand j'étais encore facilement impressionnable),
- Ulysse de James Joyce quand j'étais adolescent parce qu'il m'a prouvé que la littérature pouvait etre radicalement novatrice,
- au niveau spirituel, j'aimerais pouvoir citer la Bible ou le Nouveau Testament comme 'lumiere spirituelle' qui m'a changé, mais en fait, c'est un petit livre assez simple d'un 'chaman' (disons gourou) tolteque (ou néotolteque ou Tolteque autoproclamé), les Quatre Accords (sous-entendu a passer avec soi-meme) de Don Miguel Ruiz,
- ca n'est pas un livre a proprement parler mais ta définition doit s'ouvrir aux nouvelles technologies, Wikipédia, son projet encyclopédique universel, a définitivement changé ma vie (ou tout du moins comment je passe mon temps de loisir),
- il faut aussi rendre hommage aux livres pratiques et un livre comme Je sais cuisiner de Ginette Mathiot m'a tres sans doute permis de survivre en m'alimentant de bons petits plats.

j'en suis a combien? Sept seulement? Ajoutons :

- je ne sais plus quel beau livre d'art de la bibliotheque universitaire de Metz (ou j'attendais tranquillement, enfant, dans la salle de lecture, que mon pere ait fini son boulot de conservateur en chef) sur l'art égyptien et qui me poussa, un peu plus tard, a couvrir les murs de ma chambre a l’hotel de Burtaigne de fresques néo-égyptiennes.
- Les Mots pour le dire de Marie Cardinal m'a énormement touche et ouvert l'esprit. C'est, grace a ce livre convainquant que j’ai recu la foi, la croyance profonde que la psychanalyse pouvait aider les gens a etre plus heureux, a sortir de leurs nevroses et que j'ai entrepris ma propre psychanalyse. Sans ce livre, je serais sans doute un autre homme, plus égoiste, plus hystérique, plus fragile
- Guns, Germs and Steel de Jared Diamond, passionnant bouquin qui resume 10.000 ans de l'évolution de l'humanité a travers la linguistique, la médecine, les avancées techniques et militaires.

Voila. Je te souhaite bonne lecture si tu veux les reprendre.

c'est une réponse a une autre question (les livres les plus importants au monde dans leur domaine respectif) mais tu peux donner ton avis en commentaire.

et toi, c'est quoi ta liste?

bises,
Rémi

Rémi devant sa bibliotheque


Tu peux toi aussi, laisser ta liste des dix livres les plus importants dans ta vie en commentaire ou m'envoyer la liste par mail et je ferai suivre a Juliette en te mettant cc-.

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Mardi 22 janvier 2008
Bon, on a bise et zou pour kiss and go.
Comment traduire en français, pour Jan, la locution adjectivale anglaise
finger-licking good
(il pose la question a propos des patisseries ultrasucrées de Cinabon)
T'as une idée ?
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Vendredi 18 janvier 2008

J'adore la créativité linguistique de l'anglais. A Leeds, a l'aéroport, il y a un parking kiss and go : permis de stationner limité a la durée des embrassades des départeurs.

Cela ferait aussi tres joli en français un parking bise et zou.

Tout ça pour dire que maman a pris son avion, ce matin pour rentrer a Nice apres un mois de non-hiver a Dubai.

la borne d'auto-enregistrement d'Emirates

 

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Jeudi 17 janvier 2008
Toujours sur le blog de VS, pour laisser un commentaire, il faut répondre a une question antispam.
Habituellement, les questions antispams sont de l'ordre de
recopier le chiffre ci-dessus
Chez Véhesse, il faut, de temps en temps répondre a une question et prouver qu'on a des lettres pour participer au débat:
quel est l'avenir de l'homme ?
Encore heureux que la question, un tantinet féministe, n'ai pas été :
qui a dit "la femme est l'avenir de l'homme" ?
Parce que j'aurais séché. Sans utiliser gougueule, tu saurais répondre a la question, toi?
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Samedi 5 janvier 2008

Daniel Darc, photo : Therese Lipinski

La rébellion n'est jamais aussi belle que quand elle est chantée par un cygne mallarméen. Au hasard d'une rec herche d'un mot-clé sur internet (allez comprendre... le mot-clé est "gazoline") je tombe sur un site qui récapitule la grande époque des danys punks.

Classe et déjanté, le punk compte de nombreux héros magnifiques, autant inspirés par Baudelaire que par les Sex Pistols. Vingt ans après, que sont devenus ces dandys qui vivaient en défiant le futur ?

On y trouve cette citation splendide qui me fait penser a la recherche vestimentaire toujours poussée de Will :

Il n'y a rien de plus vulgaire et de plus laid que le naturel, il faut y échapper à tout prix (...) Donc c'est la sophistication à l'extrême dans tout, les sentiments, les fringues (...) La forme d'un bouton de veste devient une quête initiatique.

Bien sur, la phrase (et le dandysme) est le pendant exact de l'accusation :

Il n'y a rien de plus odieux que le contre-naturel.

Mais vous aviez décodé, non ?

Découvrez les punks dandys.

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