Notes de lectures

Jeudi 16 juin 2005

Alphonse Allais était l'écrivain préféré de mon grand-pere Michelin et je comprends pourquoi en lisant cette rime richissime châtrée en un souci poétique d'évitement de trivialité dans un distique devenu immortel :

 

Ah ! vois au pont du Loing ! De là, vogue en mer, Dante !
Hâve oiseau, pondu loin de la vogue ennuyeuse.

 

Par remi
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Mercredi 22 juin 2005

"Women might be able to fake orgasms. But men can fake a whole relationship." Sharon Stone

she's got a point...

Par Sharon Stones
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Mardi 12 juillet 2005

Histoire fut l'émotion littéraire de mes 18 ans. En 1985, je ressentais une émotion indescriptible et quelques mois plus tard, quelques semaines tout au plus, le jury du prix Nobel me donnait raison en adoubant Claude Simon. Proust fut celle de mes 15 ans et je pensais qu'apres Marcel la littérature (cet effort insensé pour dire la réalité et la "chiffrer" a base d'un code de 26 lettres et quelques accents) ne pourrait que se répéter, s'épuiser...

Non, Claude Simon releva le défi et nous livra un livre indépassable en passant du récit d'une aventure a l'aventure d'un récit - le sien et la sienne, mélés dans l'Histoire (CS "fit" les guerre d'Espagne et celle de 40) et dans l'histoire (celle du roman-en-train-de-se-faire: la premiere page est celle ou, échappé du camp de prisonnier et réfugié chez lui, il se met a sa table, prend une feuille et se laisse inspirer...

- il recommenca a lire les journaux, regardant les cartes qu'ils publiaient, les noms des villes, des cotes ou des déserts ou continuaient a se livrer des batailles. Un soir il s'assit a sa table devant une feuille de papier blanc. C'était le printemps maintenant. La fenetre de la chambre était ouverte sur la nuit tiede. L'une des branches du grand acacia qui poussait dans le jardin touchait presque le mur et il pouvait voir les plus proches rameaux éclairés par la lampe, avec leurs feuilles semblables a des plumes palpitant faiblement sur le fond de ténebres, les folioles ovales teintées d'un vert cru par la lumiere électrique remuant par moments comme des aigrettes, comme animées soudain d'un mouvement propre, comme si l'arbre tout entier se réveillait, s'ébrouait, se secouait, apres quoi tout s'apaisait et elles reprenaient leur immobilité.

dernier phrase de L'acacia - Minuit - 1989

- l'une d'elles touchait presque la maison et l'été quand je travaillais tard dans la nuit assis devant la fenetre ouverte, je pouvais la voir ou du moins ses derniers rameaux éclairés par la lampe avec leurs feuilles semblables a des plumes palpitant faiblement sur le fond de ténebre, les folioles ovales teintées d'un vert cru irréel par la lumiere électrique remuant par moment comme des aigrettes comme animées soudain d'un mouvement propre (et derriere on pouvait percevoir se communiquant de proche en proche une mystérieuse et délicate rumeur invisible se propageant dans l'obscur fouillis des branches), comme si l'arbre tout entier se réveillait s'ébrouait se secouait, puis tout s'apaisait et elles reprenaient leur immobilité, les premieres que frappaient directement les rayons de l'ampoule se détachant avec précision en avant des rameaux plus lointains de plus en plus faiblement éclairés de moins en moins distincts entrevus puis seulement devinés puis complétement invisibles quoiqu'on put les sentir nombreux s'entrecroisant se succédant se superposant dans les épaisseurs d'obscurité d'ou parvenaient de faibles froissements de faibles cris d'oiseaux endormis tressaillant s'agitant gémissant dans leur sommeil
   comme si elles se tenaient toujours la, mystérieuses et geignardes, quelque part dans la vaste maison délabrée, avec ses pieces maintenant a demi vides ou flottaient non plus les senteurs des eaux de toilettes des vieilles dames en visite mais cette violente odeur de moisi de cave ou plutot de caveau comme si quelque cadavre...

premiere phrase de Histoire - Minuit - 1967

Histoire, qui vit le jour la meme année que moi, marque pour moi un absolu de la littérature. Je compris ce qu'était une métaphore graces a "l'une d'elles" - elles jamais nommées: les branches dans ce paragraphes, des vieilles dames geignardes et mourantes dans le suivant, elles, les branches de sa famille, elle l'histoire elle la mort et elle l'immobilité dans lesquelles tout finit.

Je suis un peu orphelin ce soir, en lisant Libé et en apprenant le déces de Claude Simon.

Par remi
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Mardi 2 août 2005

le comte de Bussy-Rabutin, cousin de Marie de Rabutin-Chantal, plus connue sous le nom de Madame de Sévigné, disait d'une certaine Madame de Montglas qu'elle "était moins célebre pour sa beauté que pour l'usage qu'elle en fit".

c'est vache et c'est joliment dit.

Par remi
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Jeudi 4 août 2005
Marquise si mon visage
a quelques traits un peu vieux
souvenez vous qu'a mon age
vous n'en voudrez guere mieux

Le temps aux plus belles choses
se plait a faire un affront
et saura faner vos roses
comme il a ridé mon front

le meme cours des planetes
regle nos jours et nos nuits
on m'a vu ce que vous etes
vous serez ce que je suis

cependant j'ai quelques charmes
qui sont assez éclatants,
pour n'avoir trop d'alarmes
de ces ravages du temps.

vous en avez qu'on adore
mais ceux que vous méprisez
pourraient bien durer encore
quand les votres seront usés,

ils pourront sauver la gloire
des yeux qui me semblent doux
et dans mille ans faire croire
ce qu'il me plaira de vous

chez cette race nouvelle
ou j'aurai quelque crédit,
vous ne passerez pour belle
qu'autant que je l'aurai dit.

pensez-y belle marquise,
quoiqu'un grison fasse effroi
il vaut bien qu'on le courtise
quand il est fait comme moi.



peut-etre que je serai vieille,
laide et ridée. Cependant
j'ai dix-huit ans, mon vieux Corneille
et je t'emmerde en attendant.

couplet ajouté par Tristan Bernard (1866 - 1947)
mis en musique avec les 3 premieres strophes
du poeme de Corneille par Georges Brassens
Par remi
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Mardi 9 août 2005

"But it is lak dat dat oui eat food in Fronce"

Je ploufe de rire a chaque fois que j'ouvre A Year in the Merde que Fede & Will ont eu la gentillesse de me ramener de leur voyage a Londres. Le héros so british raconte sa découverte de la France et de sa cuisine. Morceau choisi:

"No! Salt in the vinegar! Salt in the vinegar!" she pinched my arm viciously. "Wait until it disolves. Wait!" she was as much a dominatrix in the kitchen as she was in bed.
Two dozen micro-thin slices of raw ham were fanned out on a huge plate like the cards in a game of cholesterol poker. They were dark red almost black in places. I was sure my local supermarket in the UK would have discarded them for being in an advanced state of putrefaction, but Élodie said they were perfect. And I was too scared to say anything different. there was a cheese platter which i'd inadvisably tried to stow in the fridge. "In the fridge!? You don't put cheese in the fridge! You'll kill it!" Élodie clearly thought that the bacteria had a right to live and breed.


Et la découverte des francaises (je me demande parfois si c'est comme ca que me percoive mes amants tcheques) :

she really had taken her MBA course to heart. sex for her was like a business model. we did some swift, efficient asset-stripping, carried out some required amount of research and development, then i was invited to position my product in her niche market. i did my best to satisfy her high demand with as much supply as i could muster. after a period of violently fluctuating market penetration, the bubble finally burst and we sank back, our sales forces completely spent.


et la maman de la petite francaise:

set in the middle was a woman who epitomized the posh de la posh. blonde, shoulderlength, immense pearls, dior-style cardigan over an impeccably simple linen dress.
she walked to meet me, holding her hand out at what was almost certainly the Académie de France's prescribed wrist angle.
she shook (or rather pressed) hands, said she was "enchantée" and accepted my micro-bouquet with almost no hint that she thought it a soupcon less than spectacular.
she begged me to sit down on the sofa while she went to get a vase and ordered Jean-Marie to offer their guest a drink immediately.
behind the socially charming exterior, you sensed the steeliness of a lady who would protect her public reputation with a Louis Vuitton baseball bat.

et (speciale dédicace a Francis), il cherche un appart dans Paris:

 

- plizz, sit down
he asked me what surface i was looking for which, after a few misunderstandings, turned out not to mean whether i wanted wallpaper or paint but how many square metres i wanted. understanding the question didnt really help because i wouldnt recognize a square metre if it had slapped me in the face.
- one bedroom?
- separate living?" the agent asked
- yes i'm living alone at the moment." though i didnt see what business it was of his.
i could tell from the way the agent closed one eye that we were in non communication mode again.
- er, separate salon." the guy asked again.
Now he thinks i'm one of a couple of gay hairdressers. this wasn't going well at all...
- you want one bedroom and one separate uzzer room. Salon is living, you know? living room?
- ah! yes. right. a bedroom and a living room." i nodded encouragingly.
- OK. I av.
- where is it?
- rue O'bare komf
- perfect.
- you know zis street?
- oh yes!
- you uont veezit now?
- i want.


Par remi
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Dimanche 14 août 2005

Je lis la Naissance de l'Europe (Zrození Evropy - Die Begründung Europas) de Ferdinand Seibt dont j'apprends par hasard qu'il est tcheque émigré en Allemagne et professeur a l'université de Munich, un historien renommé né en 1927 et mort en 2003.

J'aime bien sa prose qui décrit 1000 ans de l'évolution de l'Europe depuis le Moyen-Age jusqu'a l'aube de l'époque contemporaine et son insistance a souligner les fondamentaux, l'immuable sous les vaguelettes événementielles de l'Histoire.

Par remi
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Dimanche 14 août 2005

ca peut toujours se replacer dans la conversation. A l'origine, Miniature ne vient pas du mot "mini" (petit) mais du mot Minium puisque les miniatures étaient dessinées dans un cadre tracé au rouge de minium sur le parchemin.

Miniature ne veut donc pas dire "petit dessin" (les miniatures peuvent prendre toute la page et completement remplacer le texte) mais bien "encadré" ou "illustration".

Par remi
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Vendredi 2 septembre 2005

ce week-end, je termine l'ecriture de deux articles dans Wikipedia qui, n'ayant rien en commun, ne font qu'illustrer l'eclectisme de mes lectures et de mes centres d'interet. On lira cet article sur T.S. Eliot, poete et prix nobel de litterature ; on en apprendra plus sur l'histoire du PCT et mes cousins sont fortement incites a contribuer a l'article sur notre jeu favori: le Tric Trac.

livre de chevet

Mon livre de chevet pour cette semaine est ce passionnant bouquin (un peu trop aride et trop plein d'equations au detriment d'exemples concrets) qui tente de repondre a la question cle "quelle est la meilleure politique economique?"

Quand je rends visite a quelqu'un, je ne manque pas de jeter un coup d'oeil sur la bibliotheque qui est pour moi un portrait de son proprietaire. voici donc un double portrait (fait par maman lors de sa visite en aout):

portrait double

.

Par remi
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Samedi 3 septembre 2005

Thomas Blaikie est un ami d'Adam et vient de (ou va: distribution prévue en septembre) publier un livre sur les bonnes manieres. J'emprunte le livre a Adam et le dévore avec grand plaisir: c'est tres fluide, tres pertinent, plein de bons sens et totalement a-propos.

La, j'ai pas le temps - mais je rajouterai des exemples concrets tirés du livre.

En matiere de bonnes manieres, on lira cette histoire vraie qui ne prouve que par trop que la politesse est essentielle pour huiler les rouages de la societe.

Par remi
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