La beauté est dans l'exces
Mardi, Jutka et Tomi me rendent visite au petit déjeuner. La conversation roule sur des sujets variés et en particulier leur derniere visite de Cesky Krumlov, du musée de la torture et de l'exposition de Jan Saudek, le photographe tcheque parmi les plus connus au monde (pas sur que Drtikol ou meme Josef Koudelka lui volent la vedette).
Ses nus de petites filles pré-puberes sont-ils choquants, dangereux (incitation a considérer les Lolita comme des objets sexuels) et moralement repréhensibles? Le débat est ouvert. Jan Saudek se comporte en pédophile et devrait etre condamné comme tel. Non Saudek n'est qu'un artiste qui met en scene ses pulsions sans passer a l'acte (a ce qu'on sache). La photographie de Saudek est moralement condamnable car elle incite a considérer la pédophilie comme acceptable. Non elle n'incite a rien du tout, l'artiste n'a qu'un devoir, celui de produire une belle oeuvre. Une belle mise a mort, ou la belle représentation d'une mise a mort est acceptable?... Oui! La représentation est acceptable et meme sans doute souhaitable: d'une part rien ne prouve qu'elle augmente la criminalité des gens qui la regarde (débat non-clos de la violence a la télé) car d'autre part elle est une caisse de résonnance, une euphémisation, une maniere de vivre ses pulsions « par procuration », ou comme on dit au théatre: de se « projeter ». Et loin, selon moi, d'augmenter les passage a l'acte (pédophile ou criminel), la représentation des Lolita par Saudek ou l'expression de la violence par Marylin Manson aide a canaliser les pulsions présentes en chacun de nous. En fin de compte, vous avez payé pour entrer au musée de la torture, un musée sans doute privé qui néanmoins survi financierement sur le « besoin » des gens d'imaginer etre victimes ou bourreaux d'une violence aveugle, totale, humiliante, excessive...
Plus tard dans la journée, je ne regardais pas dans son intégralité Salo ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini, ce film sans doute irregardable, ce chef d'oeuvre que je « comprenais » (féroce, révolutionnaire et totale dénonciation du pouvoir fasciste, de l'exploitation bourgeoise et de la domination machiste) mais que je rejetai quand meme. Pasolini – comme D.A.F. de Sade dont le scenario est tiré – pensent que la beauté est dans l'exces. Mais l'est-elle?