Le cacou en quete
L’achat de ma voiture de cacou n’a pas été sans rebondissements en dépit du fait que les vendeurs (Vincent, mon collègue partant d’Euro RSCG et sa femme Véronique, auteure douée d’un blog amusant sur leur arrivée a Dubaï) avaient déjà l’expérience d’un transfert de propriété d’un véhicule et avaient, gentiment, tout préparé.
HSBC, respectable banque coloniale anglaise, contactée la veille ou l’avant-veille avait décliné le transfert de prêt, ce qui était en contradiction avec ce que Vincent et Véronique (V&V) avaient compris lors de la contraction de leur prêt il y a trois mois. On décide d’y aller personnellement : un tête-à-tête est toujours préférable a cent coups de fils.
Amna, ayaba noire et voile sur les épaules, nous reçoit et commence le transfert du contrat de prêt. Les informations sont approximatives et variantes : les frais de transfert, de 500 dirhams sont passes a 1000 dirhams « le mois dernier », l’augmentation du capital restant du, de 2% entre leur prêt et le mien se révèle être une invention de dernière minute. Apres quelques protestations incrédules de notre part, un coup de téléphone plus tard, cette augmentation n’existe plus.
J’oubliai de mentionner : le prêt est un prêt islamique. Les règles ne sont pas les mêmes et on ne parle pas d’intérêts mais de « charges ». Ceci dit, Amna a quelques lapsus qui en disent long.
L'islam donne souvent cette impression d’hypocrisie ambiante.
Je signe douze contrats en blanc « en attendant que les informations soient disponibles dans le système » et on m’oriente vers le comptoir de l’assurance-auto (vive la bancassurance ! au moins on gagne du temps a tout faire dans la même agence).
Quand je reviens au bureau d’Amna, mauvaise nouvelle : le prêt est impossible « parce que les « charges » sur la totalité du prêt sont inferieures a 2000 dirhams et que les procédures internes de la banque l’interdisent ». Les charges sur le prêt transféré entre V&v et moi sont de 1700 dirhams. Se voir bloqués en raison de 300 brouzoufs sur un prêt de 68.000, c’est quand même trop con. Con pour con, je propose de payer plus de « charges ». Quel client proposerait volontairement a sa banque de lui facturer plus d’intérêts ? Mimi ! Mais même Mimi Amna malmène :
- non, on ne peut pas faire comme cela, c’est un prêt islamique qui ne peut se transférer qu’a l’identique.
(ah bon ?!?! tout a l’heure, il se transférait allégrement avec 2% de capital en plus… mais foin de mauvais esprit)
Véronique sait y faire :
- je peux parler au manager ?
Cinq minutes plus tard, la voila de retour du bureau du manager avec un sourire plein d'espoir : une dérogation peut être obtenue du directeur de la succursale. C’est un local (sous-entendant : il n’en glande pas une) et il sera la a midi.
Il est dix heures trente. Cela fait près de deux heures que nous négocions, traitons, transférons, signons, reculons, etc. Nous sommes a une demi-heure de route du bureau et c’est débile de rentrer bosser pour vingt minutes avant de reprendre la route :
- Allons nous prendre un café dans le coin
Une heure et demi plus tard – et l’exemption accordée au potentiel client intéressant que je suis – sans double des contrats signés en blanc (a quoi pensai-je ?) qui attendent, eux, toujours une signature définitive d’un cheikh en goguette, nous nous dirigeons vers ATR, l’Autorité des Transports et de la Route.
C’est cette branche de la police qui délivrera la nouvelle carte grise (laquelle est ici une carte blanche format carte bancaire). Nous avons tous les papiers (papier de la banque sur le transfert de prêt, papier de l’assureur sur l’assurance, copie de mon passeport, formulaire de transfert de propriété du véhicule signe par V&V et moi).
- Il vous manque le test.
Il nous manque le test technique qui prouve que la voiture est en etat de marche. Eh merde.
Véronique s’en occupera amiablement pendant que Vincent et moi rejoignons RSCG. On se retrouve le soir. Bonne nouvelle, l’ATR est ouverte jusque huit ou neuf heures du soir. Quelques 15 minutes d’attente,
- Salaam aleikoum, comment ca va ? c’est pourquoi ? oui, bon. Ok. Allez au comptoir 14 retirer votre « carte grise ». De rien.
Quand on a tous les papiers pour la satisfaire, l’administration est relativement efficace et aimable.
C’est ainsi qu’a 8h30 du soir, un 31 juillet, peu avant d’appeler ma sœur Mana pour lui souhaiter un bon anniversaire, je suis devenu propriétaire d’une pathfinder.