Minuly Tyden

Publié le par remi

J'ai pendant presqu'une décennie ecrit une chronique hebdomadaire autobiographique intitulée Minuly Tyden, la Semaine Derniere, que j'envoyais (suivant les progres successifs de la technique) par la poste, le fax, puis par mail a ma famille et a mes amis restés en France ou partis ailleurs.

Cette semaine, j'ai eu envie de renouer avec la tradition du Minuly Tyden...

Mercredi

Je dine avec le futur directeur général de notre filiale de Bucharest. Quel plaisir de parler business avec quelqu'un d'intelligent, qui s'y connait dans le business et qui a une vision – quelle différence d'avec celui qui part dans quelques jours qui avait plus de gueule que de finesse et avec lequel je m'étais frité grave en octobre. La mauvaise nouvelle, c'est qu'entre fin fevrier (départ de l'ancien) et début avril (arrivée du nouveau), je vais devoir jouer les dir-gé par procuration et passer un mois a Bucharest... J'en ai un peu ma claque des voyages...

Dimanche

Je revasse en regardant la télé a l'hotel et un beau film (sur les amours d'Elisabeth I regina et Lord Essex) en anglais avec des sous-titres en roumain. Je hais la télé mais je la supporte quand il s'agit d'apprendre une langue et de s'entrainer a lier les mots et leurs sens. Excuse bidon qui en vaut une autre.

Vendredi

Lecture du Monde des Livres & de Libé Livres au café du coin au moment de la pose déjeuner. J'ai bien mérité ma pose, le matin meme, j'ai donné une lecon de philosophie fiscale a une tax advisor, elle est ultra compétente dans un domaine ultra pointu (le traitement fiscal des expatriés, double imposition et directives européennes sur la sécurité sociale) mais oubliait de prendre en compte mon brief qui etait d'optimiser le net/net de mes deux chefs qui sont par ailleurs propriétaires de leur boite – c'est le net apres taxation sur les impots sur les bénéfices et dividendes qu'il nous intéresse d'optimiser.

J'ai passé un aprémidi de reve avec un consultant de notre boite, spécialiste de T@W le logiciel que l'on vend et que l'on utilise – j'ai des changements a faire, a tester, a évaluer et il a été capable de me rendre intelligible un logiciel relativement compliqué et l'on a trouvé une solution élégante a un casse-tete comptable: le consultant de la société A (qui comptabilise dans la monnaie A') voyage dans un pays B (avec une monnaie B') sur un projet qui est facturé au client par la société C (avec une monnaie C'), le client étant situé dans un pays D (et une monnaie D').

Pour rendre compréhensible mon probleme, prenons un exemple concret: Tamas de Budapest (Hongrie – comptabilisation en forint) voyage a Moscou (Russie – frais de voyages en roubles) pour un projet signé par Prague (Tchéquie – comptabilisation en couronnes) avec une chaine d'hotels internationale basée a New-York (Etats-Unis – factures émises en dollars). Jusqu'à maintenant, tout se faisait « a la main ». Tamas typiquement utilise une carte de débit de la société, voyage 15 jours, met une semaine avant de donner a la comptabilité un compte-rendu de ses frais, donnons 5 jours aux comptables pour vérifier le tout, comptabiliser (souvent avec erreurs), ce qui doit etre facturé, émettre une facture pour la filiale a Prague, l'envoyer par la poste (quatre jours), qui met une bonne semaine a traiter la facture, la comptabiliser, la faire approuver par le project manager en charge du client « chaine d'hotel » qui dans le pire des cas trouve une erreur et renvoie a Budapest le tout pour une erreur somme toute minime (on reprend les délais depuis le début ou presque) et dans le meilleur des cas met un ou deux jours avant de dire « ok », la facture finale est enfin émise, transmise au project manager qui trouve un ou deux détails a changer (genre: changer l'intitulé initialement « taxi z letiste do kancelare » en « taxi from airport to office »).

Il fallait au bas mot un mois et demi entre le temps ou on avait déboursé les frais et ou on facturait. Plus un mois avant le paiement client. Mais ca c'est incompressible.

Désormais, grace a notre logiciel T@W, je saute l'étape facturation Budapest => Prague et je fais en sorte que Tamas puisse entrer sur le web (depuis Moscou, pas la peine d'attendre qu'il rentre au bercail) ses dépenses qui sont immédiatement disponibles pour que Prague (apres un approval électronique par le Project manager) puisse les facturer au client. La facturation intra-compagnie entre Prague et Budapest aura lieu a postériori.

Lundi

Je m'arrache les cheveux au boulot. C'est la Roumanie et je pose 5 fois la meme question a trois personnes differentes et obtiens 5 réponses différentes. Apres arguments, cross-checking, double vérifications, j'arrive a une réponse qui ne sera, on s'en doute, jamais finale mais « la plus plausible ».
Je m'arrache aussi les cheveux avec la nouvelle comptable en étudiant avec elle les chiffres 2005. Pour des raisons x & y, on avait deux comptabilités (une « statutaire » et une « corporate ») faite par deux expertes-comptables différentes: le résultat opérationnel differe de 300 k.euros entre l'une et l'autre comptabilités... no comment.

petites manies

Mardi

Je déjeune avec le directeur financier d'une agence de pub qui est notre client et qui implémente la solution qu'Adam et moi avions conceptualisée et mise en oeuvre pour DDB a Prague. Il a les memes problemes que moi a l'époque avec des créatifs qui refusent d'entrer leurs time-sheets et je le fais rigoler en lui décrivant les solutions radicales que j'avais trouvé a l'époque: bloquer l'acces depuis le browser internet a tout autre site que celui qui permet d'entrer les Time-sheets (T@W, rappelons-le a une interface internet), et cela n'a jamais cessé de m'étonner, ces créatifs qui sont quand meme censés penser avec leur tete et jeter leurs idées sur le papier se mettaient a hurler et a prétendre ne pas pouvoir travailler sans acces internet & soudainement, devant mon inflexibilité, étaient a l'heure pour remplir et valider leur time-sheets...

Jeudi

De retour de Bucharest, je retrouve avec un plaisir infini les amigos (sauf Adam, pris par sa faghag) pour un diner-raclette chez Will. Bertand nous raconte en détail les délices de la vie gay en Croatie; Cedric est aux anges car il vient de signer un deal clé avec des capital-risqueurs; Fédé me fait traduire ses textos avecTomas* au fur et à mesure qu'ils arrivent et partent.

* a moins que cela ne soit Radek, ou Jiri, ou Honza, ou Petr, ou Karel...

Will met les petis plats dans les grands autours de la raclette avec des champignons farcis en entrée et un fondant au chocolat et creme a la pistache (fraiche et epluchée de ses propres mains expertes par Fédé qui aurait néanmoins préféré confier la tache a une indienne sous-payée « mais pourquoi ne les achetes-tu pas émondées, tes pistaches, enfin, Will! »)

Samedi

Il est tard et je suis heureux quand la semaine se termine.

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Publié dans Chronique pragoise

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