Riches & pervers

Publié le par remi

C'est une histoire vraie. Bien entendu, toute ressemblance avec la réalité, toute personne existante, etc...
J'ai travesti les noms et meme le sexe des personnes, les dates, les lieux. C'est une histoire assez fascinante, ne serait-ce que parce qu'elle est vraie. Je la blogue.

Dans le cadre de Quorum, l'association des gay & lesbian professionals de Prague, je suis en contact avec pas mal de monde. Marek est un jeune entrepreneur de génie qui débute dans la vie des affaires. Comme tout débutant, il manque d'expérience et de capitaux. Mais il a une idée géniale. Il pensait qu'avec un million de couronnes, ses économies, celle de sa famille et les aides financieres récoltées a droite a gauche aupres de ses amis, il pouvait démarrer son business mais – merde – la vie est pas toujours rose et apres un an d'investissements personnels, de travail d'arrache-pied, il se rend compte qu'il lui faut trois millions pour boucler son projet. Il ne les a pas.

Pas la peine de faire appel aux banques – elles ne pretent pas a une société qui n'a qu'un an d'existence, un chiffre d'affaires minuscule jusqu'alors et des pertes cumulées équivalentes au million investi au départ...

Pas la peine de faire appel aux usuriers (les fameux loan sharks), souvent liés a la mafia ukrainienne et dont la spécialité est de récupérer des affaires périclitantes en se débarassant des propriétaires initiaux.

Marek me confie son probleme et je le mets en contact avec Tibor, un richissime investment banker, spécialisé dans les jeunes pousses. Tibor et Marek sont gays, cela crée des liens de confiance, Marek et Tibor sont juifs, cela crée de la solidarité commerciale (en ce qui concerne Marek, a moitié mais c'est la "bonne" moitié). Au moins Marek ne sera pas bouffé par un loan shark. Il est dans de bonnes mains.

Pour des raisons x ou y, sans doute parce que Tibor est occupé par des deals autrement plus importants que le misérable besoin de financement de trois millions de Marek, Tibor passe le dossier a son collegue Marek – pour ne pas créer de confusion entre les protagonistes, on va l'appeler Absalom.

Je ne sais pas si les mamans juives ont un don particulier pour procréer des rejetons surdoués, beaux, riches et pédés mais Absalom fait aussi parti du club, ou des clubs. Le décor est planté. Tout le monde est family.

Je ne connais pas Absalom. Pas personnellement. Son nom est mentionné dans les journaux financiers. Il est brillant. En faisant un Google-search sur son nom, je decouvre un beau & jeune trentenaire. Il connait la creme du monde de la finance avec laquelle il traite de pied a pied. Il est marié parce que cela se fait. Il est dans le placard. Il a immédiatement le béguin pour Marek parce qu'il est difficile de résister au charme, a la beauté, a l'enthousiasme, a la soif de réussir de Marek. Mais Absalom n'est pas con, il comprends vite que méler affaires et coeur, c'est une erreur a ne jamais faire. C'est une des recettes de base du succes dans les affaires. Et Marek a aussi pour sa part la meme éthique, emprunter ou faire entrer Absalom dans le capital de sa société & dans son lit n'est pas dans le cadre de ce qu'il envisage. Ils ont du flirter sans donner l'air d'y toucher en discuttant les montages financiers envisageables.

Le business meeting entre Marek et Absalom se conclue positivement. Absalom promet d'aider et de trouver a Marek le business angel dont il a besoin.

Mais Abalom refuse d'etre payé pour ce service. Ou son prix est tres élevé:
Texto, une heure apres le premier meeting – Hi Marek. I was very impressed. Tibor was right. I will help. I need you to do something for me. Arrange some nice boy for me. Needs to be strictly between us.

Marek l'appelle mais Absalom ne décroche pas. Il laisse un message mi-figue mi-raisin en louant le sens de l'humour d'Absalom.

Texto – Marek, thx for call. Can't talk. Consider that as a test of your abilities. Find me a handsome boy. NON commercial. Open for everything. He'll meet me tomorrow at 16:00 at lobby of hotel Yalta. Don't tell Tibor.

Marek n'a pas le choix et Absalom le sait, il lui faut financer so business. Si c'est ca, le prix a payer, c'est donné. Difficile a satisfaire mais donné. Un jeu pervers et malsain commence.

Texto – What kinda boy? Wild cat or innocent?
Texto – anytype. Fresh. Open mind is a must. Ready for the unexpected. Discretion is top demand. Do not pay.
Texto – Abso, i might find the 3 Mio before i find you that boy. But i'm left with 10 hours and i'll find him & prove you I can do anything to save my business.
Texto – perfect

Marek appelle Richard. Richard est étudiant en économie. Richard est beau et intelligent. Richard ira loin dans la vie. Richard apprend le golf pour fréquenter the right people. Richard aimerait se trouver un rich husband. Marek n'explique pas tout a Richard. Il lui explique simplement qu'il a rencontré cet investment banker, successful, gay, beau et célibataire... enfin presque.

Texto – meeting confirmed at Yalta. Do not be late. He is 185cm, big dick, well built, smart. Treat him with respect: he is no whore. As agreed.
re-texto – PS why a man like you needs to find a boy like this. You have all you want...
réponse, toujours via texto, d'Absalom – it's a new experience. All the more exciting this way.
Texto de Marek – and will I get my part of the deal?
Texto – You'll deliver – I'll deliver

Le lendemain, dans le bar restaurant de l'hotel Yalta – Richard, sur son trente-&-un, Absalom et Marek se réunissent a l'heure dite. Small talk. Marek s'eclipse.

- tu aurais du voir sa tete quand je suis parti. Son visage souriant et enjoué pendant tout le temps que j'étais la s'est tout a coup emprunt de tristesse. C'est clair, c'est moi qu'il voulait. Il pensait que jamais je n'aurais réussi a transformer l'essai de son 'test', il ne me pensait sans doute pas capable de réussir et peut-etre que je me serais offert. En fait, c'est sans doute ce qu'il voulait obtenir: moi a sa merci.
- mais tu a réussi! Bravo!...
- je réussi toujours, d'une maniere ou d'une autre, a me tirer du pétrin. La, je sens que je peux tout perdre, mon business, mon investissement, mais je sens surtout que je vais réussir, avec ou sans Absalom en fait...

Texto d'Absalom pendant que Marek et moi discuttons sur la terrasse couverte du café Rococo: he's a smart attractive boy. He'll be a good friend. But he's not at all what i requested. Try again.

- Quel enfoiré!... Marku*, écris-lui que tu es un scientifique avec une idée de génie, pas un match-maker!...

Entre temps, coup de téléphobne de Richard qui dit qu'Absalom, soudain tres froid, a rapidement mis fin a l'entrevue. Marek tapotte sur son mobile et annonce:
- et j'ajoute 'even prostitutes deserve more respect. I'm sure that you understand that I've fullfilled my part of the deal. Let's focus on business.

La fin de l'histoire? Absalom avait dans son portefeuille de clients un riche hollandais désireux de trouver des opportunités d'investissement a l'Est. Marek et lui sont en pourparlers pour la cession d'une part du capital de la société de Marek et un apport en capital.

Absalom, on s'en doute, finira ses jours riche et malheureux.
Et Marek reussira, ca sera dur parce que c'est toujours dur, mais il reussira
Et Richard aussi reussira - ca sera un peu plus dur pour lui parce qu'il ne compte pas uniquement sur ses propres moyens mais s'imagine encore qu'un riche partenaire est l'une des clefs de son bonheur, mais il reussira


* déclinaison vocative de Marek.
post-scriptum: j'ai hésité a faire mention dans cette histoire, de l'origine juive de tout ou partie des participants parce qu'elle semble rappeler tous les pires préjugés sur les juifs (riches, financiers, entrepreneurs, etc). Je tiens d'une part rappeler l'introduction et le fait que pour brouiller les pistes j'ai tout changé et que les protagonistes pourraient tout aussi bien etre des protestants calvinistes ou hussites, des lesbiennes power-hungry, des HEC hétéros, etc... et d'autre part a preciser qu'aucune "communauté" n'a le monopole de la perversion et de la manipulation. Ma seule dénonciation, ici, porte sur le pouvoir corrupteur de l'argent.

On rappelera cette conversation entre Hemingway et Fitzgerald, ce dernier constamment fasciné par le pouvoir de la richesse, le premier revenu de tout:
John (péremptoire): rich are different
Ernest (blasé): yes, they have more money

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Publié dans Chronique pragoise

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F
Passionnant, ça me rappelle les "chroniques de San Francisco", mais il manque le happy end ou j'ai pas tout compris ?
Répondre
R
tu n'as pas tout compris... ou alors si c'est un happy end pour le "méchant" que tu veux, et bien t'es encore plus pervers que les personnes décrites dans ce poste ;-)