Du vent dans les bonus, légiférer pour ne rien faire
Des effets d'annonce mais rien de bien méchant. J'ai envie de qualifier cette loi de totalement inutile. Décryptage.
Article 1. Si on demande de l'argent à l'État, il faut promettre de ne pas trop donner à ces salops de patrons.
Dans la réalité, dès la crise finie, les entreprises vont rembourser les aides de l'État et se dépatouiller des contraintes cryptocommunistes qui vont avec.
Article 2.
Alinéa a) En fait, on peut donner autant qu'on veut à ces salops de membres du patronat mais pas des bonus avec des noms anglosaxons parce que ça fait inféodé au néocapitalisme et nous, fiers Gaulois gaullistes*, on se veut les promoteurs d'une refondation capitaliste.
Dans la réalité, quand les cours de bourse se cassent la gueule, les-dits patrons voient leurs stock-options (l'avantage d'en avoir) réduites à néant. Ça les arrange beaucoup de voir leur bonus en stock-options convertis en bonus tout-court.
Alinéa b) Les bonus patronaux sont autorisés par le conseil d'administration ou le conseil de surveillance (jusque là rien de nouveau) pour une période déterminée qui ne peut excéder une année (diantre pourquoi ces limites très restrictives ? Pour avoir le plaisir de remettre la question sur le tapis moins d'un an plus tard ?), en fonction de critères de performance quantitatifs et qualitatifs, préétablis et qui ne sont pas liés au cours de bourse.
AAaaaaah ! On touche le fond de l'idéologie gaulliste anticapitaliste : la bourse et ses cours sont honnis. La loi dit qu'on peut utiliser tout sauf ça.
Remarque cynique : en ces temps de cours de bourse plongeants, c'est les patrons qui doivent être contents que leurs bonus soient découplés de la bourse ! Quand je vous disais que cette loi est inutile...
Alinéa c) Si on procède à des licenciements massifs, on peut pas distribuer de bonus aux dirigeants.
Si on est patron français et qu'on veut toucher un bonus, il vaut mieux ne pas s'occuper de l'adéquation entre productivité et masse salariale, ne pas supprimer des emplois même en cas de forte contraction du chiffre d'affaires, laisser filer les déficits, continuer à toucher des aides de l'État-social(iste), comme le bonus (relire article 2. b) n'est pas lié au cours de bourse, on s'en fout royalement.
Pourquoi cette loi me fait si intensément penser au socialisme à la française des années Mitterrand ?
Article 3. Il faut informer la ministre des finances que l'on a obéi à la loi.
Forcément, il faut nourir la paperasserie bercinoise et que l'hyperÉtat soit informé de tout, contrôle tout, décide de tout...
Article 4. Enfonçons les portes ouvertes et rappelons que les entreprises publiques doivent respecter "des règles et principes de gouvernance d'un haut niveau d'exigence éthique".
Pourquoi :
- ne rappeler cette exigence qu'aux seules entreprises publiques cotées en bourse ?
- c'est à dire, indirectement exonérer les autres du respect des règles de gouvernance d'un haut niveau éthique ?
Nonobstant cette interrogation, dans la réalité, cet article ne s'applique qu'aux entreprises publiques cotées en bourse. Une entreprise publique est par définition contrôlée par l'État. Si l'État contrôle une entreprise, il peut y dicter la gouvernance d'entreprise "du plus haut niveau d'exigence éthique". Donc cet article est inutile puisqu'il ne fait que dire que l'État doit faire ce qu'il doit faire...
Article 5. Si on est une entreprise publique (c'est à dire contrôlée par l'État), on ne devrait pas verser de parachute doré excessif (plus de deux ans de salaires).
Mêmes questions que précédemment : pourquoi limiter cette idée aux seules sociétés publiques si elle est bonne ?
* Le gaullisme économique est un colbertisme, c'est à dire un étatisme antilibéral, centralisateur, dirigiste, quinquénal et taxateur de la richesse privée auquel est soumise toute la Gaule sauf un petit village d'irréductibles Monégasques qui ripaillent sur leur rocher antifiscal.