Le temple de la contrefaçon
Interview avec un candidat au département comptabilité. Il est Indien et obséquieux – mais qui ne le serait pas en recherche d'emploi. Je généralise et c'est pas bien mais je trouve que les Indiens n'ont pas le sens de la responsabilité (une merde arrive et c'est la faute au kharma, à la constellation des étoiles dans l'univers, à tout sauf à eux-mêmes). En l'occurence, j'interroge cette personne, au demeurant très compétente, sur le contrôle interne [qu'elle est en charge de suivre sinon de mettre en place] et je suis effaré de la bonne foi de ses (mauvaises) réponses
- Qu'est-ce qui influe sur la profitabilité de l'entreprise
- Si le suivi des stocks et du cash est fait, ça peut être une boite très profitable
- Comment faire en sorte que les stocks et le cash soient suivis (j'emploie volontairement la forme passive du verbe suivre ; si j'avais demandé comment les suivez-vous, la réponse aurait été différente et largement imaginaire)
- C'est une question de personnel
- Comme toujours dans le business... précisez votre idée
- Il faut embaucher les bonnes personnes, honnêtes et consciencieuses
Les contôles de base ne sont donc pas en place dans la boite dont il dirige la compta et s'il y a de la “coule” dans les stocks et dans la caisse, ça ne sera pas de sa faute mais de celle de ceux qui ont embauché des voleurs. Typique.
Des nuages lourds dans le ciel et une atmosphère d'orage. Hélas, il ne pleut pas à Dubaï.
Jour de congé. Fernando, l'“homme de ménage” annonce qu'il vient ce soir plutôt que demain matin. Ça m'arrange.
Federico me parle depuis six mois de l'arrivée imminente de son ami Francisco qui est en charge d'ouvrir le consulat-général de son pays auprès des Émirats arabes unis, et de son ami Pépé, “ensemble depuis si longtemps que personne ne se souvient”. Ils sont arrivés.
Diner d'accueil à la maison avec un plan de table complété par Fred, Greg et David qui, s'en étant fourré jusque là, au buffet du Méridien de Fudjaïra, dans l'aprèmidi, ne touchent qu'à peine aux salades et aux tapas que Jan et moi avons préparées.
Délicieuse soirée pimentée par le débordant enthousiasme de Francisco.
Matinée lecture, aprèmidi piscine chez Fred et Greg avec les mêmes que la veille au soir, sieste de deux heures et découverte, le soir, de Dragon Mart, un centre commercial spécialisé dans les importations en provenance de Chine (en faisant une recherche sur Google image, je découvre que le centre commercial a un plan en forme de dragon chinois).
Fascinante impression de voir arrivé le rouleau compresseur tant craint. Les prix sont aussi bas que la qualité pour la plupart des produits en vente. L'Occident – lourdement copié, intellectuellement pillé – reste la référence pour 90 % des biens (exceptions : sarongs de soie, boites de thé, jouets en plastique). On ne compte pas les faux dans les rayonnages. Le célèbre motif Louis Vuitton est partout copié, même sur d'horribles chemises de nuits froufroutantes et brunes.
Je rigole en lisant une marque de salle de bain promouvoir son coté “italian quality”.
On rigole aussi en découvrant certains produits kitchissimes. Album :
Le collier couvre-buste, j'avais encore jamais vu... Je shoote
Le bon goût asiatique répond au bon goût de la clientèle moyen-orientale.
La contrefaçon est partout présente. Au royaume des copistes, les "adapteurs" font figures de gens honnêtes, ici, le logo du faux Adidas avec la marque Abibos.
Contrairement aux autres centres commerciaux dubaïotes qui rivalisent dans le luxe, le marbre et le toc, Dragon Mart ne s'embarrasse pas de chichi, boutiques avec pancartes indicant le nom de l'importateur (ici golden sun group international Co.), les gaines techniques de climatisation et d'énergie sont visibles au plafond, etc.
Vue un peu générale du couloir central de Dragon Mart qui serpente sur près d'un kilomètre. Il m'a fallu plus d'un an pour découvrir Dragon Mart et c'est un peu dommage. Je trouve fascinant le concept de centre commercial spécialisé dans l'import-à-bas-prix-depuis-la-Chine. Tout ce que je peux dire, pour les esprits chagrins du déclin de l'Occident, c'est qu'un mall n'a pas de problème pour se remplir de marques occidentales qui se vendent et cher, en revanche, les Chinois n'arrivent pas à remplir Dragon Mart (surdimensionné? Je ne crois pas, à vue de nez, qu'il soit plus grand que, disons, Ibn Battuta mall) et n'arrivent pas à le remplir d'acheteur (relativement vide pour un samedi soir).
Un truc qui m'étonnais, en faisant les courses pour le diner de vendredi soir, c'est qu'au rayon légume, on trouve autant de fruits et légumes européens - même notre agriculture est compétitive et arrive à se vendre.
Il doit être chiant, mon blog, à toujours parler d'économie, non ?